
Au cœur de l'Amazonie guyanaise, le Haut-Maroni est une région complexe, où la transmission de culture ancestrale des Wayana se heurte à de nombreux défis. Des femmes se mobilisent pour préserver l’art traditionnel de la poterie.
Située en Amérique du Sud, la Guyane française est le plus grand territoire d'Outre-mer et compte près de 300 000 habitants. La région du Haut-Maroni, vaste étendue recouverte en grande partie par la forêt amazonienne, se distingue par sa biodiversité exceptionnelle. Gardiennes d'une culture liée à la nature, les communautés amérindiennes font face à d’immenses défis, notamment la pollution due à l'orpaillage illégal. La sauvegarde de la poterie wayana, un savoir issu de la nature, est aujourd’hui un enjeu crucial…
La Guyane et ses défis
La Guyane française est un creuset culturel où se mêlent les influences amérindiennes, africaines, européennes et asiatiques. Sur le plan économique, la présence du Centre Spatial Guyanais à Kourou place le territoire sur la scène spatiale mondiale. Cependant, la Guyane est confrontée à des défis sociaux majeurs tels que le chômage et la pauvreté, exacerbés par l'orpaillage illégal.
En effet, depuis plus de 30 ans, ce département ultramarin traverse une crise environnementale et sanitaire sans précédent. L'extraction illégale de l'or provoque une grave pollution des fleuves Oyapock et du Haut-Maroni où est déversé du mercure, un métal hautement toxique employé pour séparer l'or des autres minerais. Les populations autochtones vivant en amont du fleuve Maroni, dont la survie dépend étroitement de la pêche et de la chasse, se trouvent dans une situation de vulnérabilité accrue.
La culture wayana
Le Haut-Maroni est habité par les descendants des Marrons aluku ainsi que par les Amérindiens wayana et apalaï, la population de ces derniers est aujourd’hui estimée à 1 200 personnes. Traditionnellement semi-nomades avec de petits villages, les Wayana tendent à la sédentarisation et, bien que des habitations modernes apparaissent, le carbet traditionnel reste prédominant, une case simple, dotée de toits en feuilles tressées. La subsistance des Wayana repose sur les pratiques de la chasse et la pêche, réalisées par les hommes ainsi que sur l'agriculture, la transformation des aliments et l’artisanat, activités confiées aux femmes.
Traditionnellement ancrée dans le chamanisme et l'animisme, la culture wayana se caractérise par une relation étroite avec la forêt et les fleuves, qui sont tant des ressources matérielles que spirituelles. Mais cette culture est aujourd'hui soumise à de multiples pressions. Au-delà des méfaits de l’orpaillage illégal, l'introduction de religions extérieures, notamment les églises évangéliques, représente une menace supplémentaire, où le chamanisme et la compréhension traditionnelle du monde sont délaissés. Dans un tel contexte, la sauvegarde des savoirs ancestraux wayana est un enjeu capital.
Sauvegarder les savoirs des potières wayana
La poterie wayana est un savoir transmis de mère en fille, détenu uniquement par les femmes. Avec des fonctions pratiques comme symboliques, cet artisanat est un témoignage des liens qui unissent la communauté à leur environnement. Les poteries étaient par exemple employées par les chamanes pour la confection de préparations médicinales, ou servaient lors de cérémonies. Leur utilisation est attestée dans certaines régions d’Amazonie depuis plus de sept mille ans.
La fabrication des poteries wayana demande beaucoup de temps, d’adresse et de savoir-faire. La première étape est la recherche de l'argile, une matière aujourd’hui devenue rare. De nombreuses étapes sont ensuite nécessaires pour créer ces pièces uniques. Ce savoir-faire complexe et profondément lié à son environnement est en péril : seulement quatre potières le pratiquent encore dans la région du Haut-Maroni. Depuis deux ans, les Wayana ont pris conscience de l’urgence de sauvegarder leur savoir. C’est pour cette raison que l’équipe de l’association En Terre Indigène a choisi de soutenir cet artisanat, dans le cadre du projet De la Mère à la Terre, la première plateforme d’échange et de savoirs écologiques détenus par les femmes en Outre-mer. Des ateliers de transmission de plusieurs journées ont été organisés autour de la potière Malilu Opoya.
Aujourd’hui, les femmes wayana ont conscience que cet apprentissage peut diversifier leurs revenus.
Ce savoir-faire permet aussi de se faire connaître, de rencontrer des gens, de se créer des opportunités et de voyager - Yolanta, fille de Malilu Opoya
Dans un contexte de crise tel que la connaît la Guyane, plus qu'une ressource économique, la transmission de ces savoirs traditionnels aux générations futures est cruciale pour préserver un patrimoine et une culture uniques.
En septembre 2025, les femmes de savoirs soutenues par l’association En Terre Indigène seront présentes à Paris pour l’événement Les Rencontres du Matrimoine Ultramarin, du 20 au 28 septembre, organisé dans le cadre du projet De la Mère à la Terre. Cet événement exceptionnel offrira l'opportunité d’échanger autour de la poterie Wayana et de découvrir des savoirs ancestraux et des nouvelles formes de production et consommation durable dans différents territoires d’Outre-mer.
Découvrez un extrait du documentaire "La poterie wayana, menacée par l'orpaillage illégal" :
Pour en savoir plus :
- Les Rencontres du Matrimoine Ultramarin du 20 au 28 septembre à Paris.