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S’élever avec la danse soufie

11 Janvier 2022 - Art / Culture / Histoire

Pour ses adeptes, la spiritualité soufie n’est pas seulement intellectuelle, c’est avant tout une recherche de la beauté par l’expérience. La danse soufie est l’un des arts majeurs de cette pratique et reste trop peu connue en Occident.

 

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Danse soufie à Konya en Turquie © Hans Tibben

 

Les origines du soufisme

 

Le soufisme est un aspect de la sagesse universelle, une spiritualité qui trouve ses fondements dans la religion musulmane. Le soufisme éclaire de l’intérieur les rites et dogme de l’islam, leur donnant sens. Il a pour but de mener l'initié à la vision et la contemplation. Pratiqué dans tous les pays musulmans et au-delà, le soufisme se veut accessible à tous, au-delà des religions, dans un esprit d’ouverture et de partage.
 

Pour être en lien avec le divin, les soufis utilisent la musique et la danse. Les prières soufies, zikr, zikir, zekr ou encore dhikr en persan, sont des prières et des chants sacrés qui sont répétés comme les mantras dans le bouddhisme. Cette psalmodie, qui engage tout le corps en mouvement, est un ancrage dans le moment présent.

 

 

© Hans Tibben

 

Il existe plusieurs voies soufies. L'ordre des derviches tourneurs est une des principales confréries soufies, que le fils de Rûmî fonda dans la ville de Konya en Turquie. Rûmî est un poète mystique persan du XIIIème siècle qui a profondément influencé le soufisme. Il est considéré en Orient comme un grand maître spirituel. La plupart de ses écrits lui ont été inspirés par son meilleur ami, Shams ed Dîn Tabrîzî - dont le nom peut être traduit par "soleil de la religion". Depuis huit siècles, l’ordre des derviches tourneurs met à l’honneur la danse soufie, appelée samâ (ou sema) en persan signifiant "audition spirituelle". Le mouvement de tournoiement est au cœur de cet art.

 

 

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Musée Mevlana dédié à Rûmî à Konya, Vannchaa -  ©unsplash

 

 

La danse soufie aujourd’hui

 

Aujourd’hui, la danse soufie se pratique principalement en Turquie, mais aussi en Iran, même si elle y est peu mise en lumière. La danse soufie est une technique encore difficilement accessible au grand public.

 

L’artiste-chorégraphe Rana Gorgani est l’une des plus grandes ambassadrices de la danse soufie. Non seulement elle enseigne cette danse depuis dix années mais elle partage aussi le soufisme avec le grand public. Elle parle ouvertement de cette spiritualité mystérieuse. Pour elle "la danse soufie emmène l’être dans une expression de son corps et de son âme par le biais de l’écoute et par la perte de repères spatio-temporels… tout en ayant en même temps une vision nouvelle des faits spatio-temporels". Elle décrit la danse soufie comme "une spirale ascendante, un mouvement qui mène au divin".

 

 

À DÉCOUVRIR EN IMAGES
 

- Istanbul, au pays de Byzance

 

 

Née en Allemagne d’une mère iranienne et d’un père kurde, Rana Gorgani grandit en France, où elle vit aujourd’hui. Elle rencontre la spiritualité soufie par la musique alors qu'elle joue du daf, ce tambour sur cadre sacré d’origine kurde. Le soufisme est pour Rana une source d’inspiration et de créations artistiques. Elle se présente en se définissant "ni d’Orient, ni d’Occident", en citant Rûmî : "Je ne suis ni d’Orient, ni d’Occident, ni de la terre, ni de la mer. […] Mon lieu est le non-lieu, mon signe est le non-signe. Je ne suis ni corps ni âme, car j’appartiens à l’ Âme des âmes."

 

 

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© Hans Tibben

 

 

Voir un danseur soufi tournoyer pendant de longues minutes est une expérience en soi, où le travail et l’exigence s’effacent devant la beauté du mouvement. Les tournoiements qui ne s’arrêtent jamais semblent élever le danseur vers le ciel… et le spectateur avec lui ! L’instant se fond alors en une magie suspendue.

 

 

Rana évoque ainsi le tournoiement soufi : "C’est comme si la force du corps en mouvement ne laisse plus de place au psychisme. C’est une nouvelle rencontre avec soi-même qui opère. Le mouvement du tourneur, c’est l’émancipation de l’âme. Ce mouvement de tournoiement balaie tout, la seule chose qui reste c’est le souffle."

 

Comment fait-on pour tourner aussi longtemps ? Rana explique : "Il faut beaucoup d’entraînement et de pratique. On s’habitue peu à peu à ces états modifiés de conscience et à ces sensations de nausée, de vertige. Plus on pratique, moins la peur de tomber est là. La sensation de vertige diminue et quand elle persiste, on sait malgré tout qu’on est stable".
C’est une ivresse mystique qui est recherchée. "Une ivresse mystique qui mène à l’extase".

 

 

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© Hans Tibben

 

 

Pour les soufis, la danse permet d’incarner la lumière et la beauté que chacun porte à l’intérieur de lui. L’être qui danse ne connaît ni limite, ni barrière, comme Rûmî le dit avec tant de poésie : "Comme un compas, un pied fixé sur ma foi, l’autre pied circule dans les 72 nations".

 

La danse soufie de Rana Gorgani en vidéo : 

 

En savoir plus sur la danse soufie : https://danse-soufie.com/