Tourisme durable

Saint-Louis, la belle endormie

25 Février 2019 - Culture / Découverte

Tout au nord du Sénégal, l'ancienne capitale de l'Afrique-Occidentale française, s'est assoupie mais le quartier des pêcheurs mène toujours une vie aussi palpitante.

 

 

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Les pêcheurs bravent les vagues pour aller jeter leurs filets au large ©Virginie Suères

 

 

 

Après avoir été prospère jusqu'au milieu du 20ème siècle, grâce au commerce de la gomme arabique, la traite des esclaves et la base des liaisons de l'Aéropostale, Saint-Louis a sombré dans l'oubli. Les bâtisses décaties aux murs jaunes et ocres rappellent ce passé glorieux et plongent le voyageur dans une nostalgie sans limite.

 

 

 

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Chaque année il faut repeindre sa pirogue pour la protéger du sel ©Virginie Suères

 

 

 

Il est frais mon poisson

 

 

Mais au bord de la lagune il est un quartier où l’activité est trépidante, c’est Guet N’Dar, le quartier des pêcheurs. 25 000 habitants dans un mouchoir de poche, une densité digne de Calcutta. Ici on ne vit que du poisson, mais tous les pêcheurs le disent :

 

 

« le poisson se fait de plus en plus rare et par conséquent de plus en plus cher. »

 

 

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Sur le marché aux poissons une jeune femme écaille le poisson avant de le vendre ©Virginie Suères

 

 

 

Les hommes partent souvent plusieurs jours pour pêcher au large ce que les chalutiers européens et asiatiques ont bien voulu laisser. Ils partent sur des pirogues multicolores, taillés comme des pointes de lance pour franchir la redoutable barre qui défend l’accès à l’océan.

 

Retour de pêche, les femmes attendent sur la plage le déchargement : murènes, espadons, thons, dorades… sont déversés sur le sable. Elles s’en emparent puis se mettent sans délai à l’ouvrage. Assises en grappes, avec des bébés accrochés dans le dos ou agrippés à un sein, elles grattent les écailles, coupent les têtes avant de se rendre au marché pour la vente. Chaque jour, 30 000 tonnes de poissons transitent par Guet N’Dar.

 

 

 

 

 

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Dans les rues de Saint-Louis ©Virginie Suères

 

 

 

Femme de caractère

 

 

C’est là que s’approvisionne Aminata. Elle est mareyeuse. Son boulot consiste à revendre le poisson sur les marchés des grandes villes. On craint son sens des affaires, on admire ou jalouse, selon que l’on est un homme ou une femme, ses formes affriolantes. C’est une drianké. L’écrivain sénégalais Sémou Mama Diop en donne la définition suivante : « une femme bien sculptée, aux formes généreuses et épanouies, à l’arrière-train aussi fourni que le compte bancaire d’un chef d’État africain. »

 

 

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Aminata prend la pose dans un studio photo dans sa plus belle robe ©Virginie Suères

 

 

 

Quand elle ne s’occupe pas de poissons, Aminata prodigue à qui veut l’entendre ses conseils pour garder son mari et éviter qu’il prenne une seconde épouse : « Le soir, tu mets un pagne en coton blanc avec des bine-bine autour de la taille et de l’encens sous le minou pour parfumer ton trésor. » Pardon ? « Oui, des bine-bine, des gros colliers de perles qui font gling-gling pendant l’acte sexuel, ce bruit excite beaucoup les hommes. »

 

Au Sénégal, la tradition des drianké n'est pas prête de s'éteindre. Ce ne sont pas les hommes qui vont s'en plaindre.

 

 

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Douces lumières de fin d'après-midi sur les murs décrépis de l'ancienne capitale ©Virginie Suères

 

 

 

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