Tourisme durable

Quand la tourismophobie pointe son nez…

08 Novembre 2019 - Actualité / Hébergement / Initiatives

Il a suffi de quelques manifestations dans plusieurs grandes villes européennes pour que la question de la tourismophobie revienne au-devant de la scène dans les médias. Que cache la tourismophobie ? Comment se nourrit-elle ? Et a-t-on les moyens de la prévenir ?

 

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Un homme tenant une pancarte durant une manifestation contre l'augmentation du nombre de touristes, 12/11/16 ©Marco BERTORELLO AFP

 

 

Comment faire naître un tourismophobe ?

 

Prenez une ville de 30 000 habitants, injectez-lui un bon million de touristes sur une période estivale où les esprits sont prompts à s’échauffer. Ouvrez les vannes et les accès en garantissant quelques liaisons lowcost, facilitez également la multiplication des offres Airbnb de façon à bien titiller les hébergeurs classiques, puis lâchez des hordes de touristes bienheureux qui, loin de chez eux, oublient jusqu’à la définition d’une poubelle ou d’un décibel sonore, vous y êtes presque…

Ha oui... Assurez-vous également de bien concentrer l’ensemble de ces troupes joyeuses en quelques sites majeurs ou sur deux-trois rues pittoresques du centre-ville et bien sûr, ne prenez surtout pas le risque de consulter les habitants, puisqu’ils sont vos tourismophobes en puissance…

Bien sûr, il existe tout un panel de recettes adaptées à chaque situation, on peut aussi s’amuser à multiplier les routes et les voitures sur les sites naturels pour bien saturer les espaces, piétiner allégrement les plages, bétonner les espaces fragiles, à chaque lieu son mode d’emploi. Vous ne serez pas déçu du résultat. En outre, certaines villes telles Barcelone, Saint-Sébastien, Venise, Dubrovnik ont un peu d’avance et pourront toujours vous servir de laboratoire d’expérimentation !

 

 

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Cliquez sur la carte pour lire l'article "Une carte du monde du tourisme de masse" ©Voyageons Autrement

 

 

Le surtourisme, cette tentation dantesque

 

Aujourd’hui encore, 95% des touristes voyagent sur 5% du territoire. Force est de constater combien des sites superbes sont dépeuplés quand d’autres saturent sous les foulées joyeuses. Ce "surtourisme" ou "overtourisme", à chaque décennie son encre, n’est heureusement pas sans résistants.

Peu connus du grand public mais œuvrant depuis les années 1980, les Grands Sites de France travaillent sur cette notion et permettent aux plus beaux sites de France d’adapter les capacités de charge des différents lieux d’accueil. Soline Archambault, directrice des Grands Sites de France : "Nous réalisons des études afin de déterminer les capacités des charges de chaque site, entre fréquentation et préservation de l’environnement, en veillant aussi à ce que les habitants ne se sentent pas dépossédés et que le tourisme ne devienne pas la mono-activité d’un territoire."

 

 

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Saint-Valery-sur-Somme labellisé Grand Site de France ©Altimage-SMBS-GLP

 

 

 

Des esquisses de réponse et des succès incontestés

 

Si les réponses des Grands Sites de France s’adressent surtout aux gestionnaires de sites et collectivités locales, d’autres acteurs possédant d’autres leviers, d’autres prismes mais aussi d’autres intérêts sur ce "tourisme à tout prix", tentent également d’œuvrer à leur échelle.

Julien Buot, directeur d'Agir pour un Tourisme Responsable (ATR), représente l’autre côté de la chaîne, un ensemble de voyagistes dont le métier est justement d’inciter les voyageurs à aller découvrir le vaste monde…  Mais comme l’ennemi public numéro Un n’est pas le Tourisme mais sa consommation à haute dose en concentrée, ils ont créé le label ATR, qui vise à aller plus avant dans la moralisation de leur profession et de leurs pratiques.

Il est en effet crucial de s’interroger sur la responsabilité des Tours-opérateurs dans le changement climatique. Parmi les quelques remèdes préconisés, – le bilan carbone et la compensation sont déjà sur les ordonnances-, le désengorgement des sites par une meilleure répartition des masses. Cette dernière solution pourrait passer par des "secrets ou chemins buissonniers" que l’on subtiliserait aux habitants locaux ou par une "dé-saisonnalisation" en préconisant une forme de 3x8 du tourisme, permettant de mieux faire tourner les publics à la journée…

 

 

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Soline ARCHAMBAULT, François PERROY, Julien BUOT à l’occasion de la table ronde organisée par Aida-IREST le 6 décembre 2018 ©ap

 

 

François Perroy, directeur d’Emotio Tourisme, propose quant à lui un "passeport Citoyen Voyageurs du Monde" afin d’inciter les communautés accueillantes à recevoir les voyageurs sur des temps longs.

Enfin, pour conclure sur un exemple qui montre que la gouvernance et la concertation restent des conditions sine qua non d’une bonne gestion, Soline Archambault (GSF) a cité l’exemple du Marais Poitevin où en 15 ans, grâce au travail de fond effectué par l’ensemble des acteurs (création de chemins blancs, formation de bateliers, d’hébergeurs, développement du cyclotourisme, accueil vélo, etc.), on est passé d’une visite moyenne d’une demi-journée à une visite de 11 nuitées pour un visiteur sur deux. De quoi noyer dans les tréfonds du marais les ambitions les plus vives de tous les tourismophobes de la région !

 

 


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