Tourisme durable

Népal, le tigre de Katmandou

04 Janvier 2021 - Culture / Récit

À Katmandou, au fond d’un jardin délaissé, personne ne remarque cet ancien palais. Pourtant c’est ici que Boris Lissanevitch, ancien danseur de ballet originaire d’Odessa, a ouvert le tout premier hôtel de la ville au début des années 50. À cette époque, les étrangers connaissaient deux choses au Népal : l’Everest et Boris.

 

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Katmandou au début des années 60 ©ToniHagen

 

 

L’explorateur et ethnologue français Michel Peissel a dédié sa vie à la compréhension du monde himalayen et de la culture tibétaine. Ses expéditions dans des royaumes oubliés, inaccessibles ou méconnus ont fait l’objet de nombreux ouvrages, notamment sur le Mustang. L’un de ses premiers récits vient d’être traduit pour la première fois en français : Tiger for Breakfast, devenu "Le Tigre de Katmandou" aux éditions Guérin. On découvre l'histoire d'un homme, d'un hôtel, d'une ville et d'un pays qui s’ouvre au monde. Lorsque Peissel débarque au Royal Hôtel du grand Boris en 1959, deux destins se croisent pour notre plus grand bonheur. Grâce à cette rencontre, nous dévorons un récit digne des plus grands romans d’aventure du XXème siècle, devenu déjà culte pour tous les amoureux du Népal.

 

 

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Michel Peissel, Tiger for breakfast ©ap

 

 

Conteur d’histoires à la curiosité insatiable

 

Comme dans ses autres livres, l'auteur nous accroche dès les premières lignes avec son écriture d’un naturel déconcertant. On l’entend nous lire son histoire, on l’écoute attentivement sans jamais perdre le fil. Il raconte avec enthousiasme, simplicité et une pointe d'humour des aventures peu banales qui nous propulsent dans un monde extraordinaire bourré d’anecdotes. Un jour il assiste à un cocktail au Royal Hôtel avec le roi du Bhoutan, le lendemain il crapahute en jeep dans des villages perdus à 3 000 mètres d’altitude. À cette époque, partir trois vallées plus loin que celle de Katmandou est une aventure au suspense haletant. Le Royal Hôtel est alors le rendez-vous des étrangers, des conquérants de l’Everest et de la haute société népalaise. Dans les couloirs, on croise Toni Hagen, Peter Aufschnaiter, Edmund Hillary. L’alpiniste néo-zélandais s’avère être bel et bien un humble héros qui préfère parler de son miel et ses abeilles que de son exploit sur le toit du monde.

 

 

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Katmandou au début des années 60 ©ToniHagen

 

 

Peissel se lie rapidement d’amitié avec le flamboyant Boris Lissanevitch, tour à tour danseur, aventurier, chef cuisinier, chasseur, dandy réfugié à Calcutta avant de devenir pionnier du tourisme au Népal. Il est aussi le premier à faire pousser des fraises dans la vallée de Katmandou et y installer un élevage de cochons pour obtenir du bacon. Ce personnage rocambolesque devient attachant dans les yeux de l’auteur et dans les nôtres. À travers sa vie, on plonge dans la réalité du début des années 60 de cette partie du monde indo-népalaise.

 

 

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Michel Peissel, Le Tigre de Katmandou ©ap

 

 

Peissel a ce don de donner le goût passionnant des romans d’aventure dans des œuvres hautement ethnologiques extrêmement bien documentées. Découvrir aujourd’hui un livre de Michel Peissel, c’est comme tomber sur un trésor, comme si les livres de Jules Verne, Jack London ou Kessel venaient de sortir en librairie pour la première fois, un véritable cadeau. Nous avons trouvé le manuscrit que nous rêvions de lire sur cette époque et cette région du monde. Traduit pour la première fois en français par Béatrice Aguettant en 2019, “Le Tigre de Katmandou“ fut le premier ouvrage de Peissel sur le Népal et le monde himalayen et à nos yeux, le plus fou.