Tourisme durable

Les Açores, un dialogue de l’eau et du feu

08 Janvier 2023 - Biodiversité / Histoire / Nature / Patrimoine

Au milieu de l’océan Atlantique, l’archipel des Açores raconte l’histoire d’une nature impitoyable et des humains qui l’ont apprivoisée. Le feu et l’eau ont toute autorité sur ces îles volcaniques, où cohabitent la roche dure et les grasses vallées, une végétation luxuriante et des sources sulfureuses. 

 

L’île de Pico aux Açores, avec son volcan qui culmine à 2351 mètres ©SGrandadam
L’île de Pico aux Açores, avec son volcan qui culmine à 2351 mètres ©SGrandadam


 

Côté mer, c’est au café des Sports - celui de Peter bien sûr - que ça se passe. Depuis plus de cent ans, ce lieu accueille les plaisanciers qui se lancent dans une traversée de l’Atlantique. Ici à Horta, sur l’île de Faial aux Açores, les navigateurs font leur première escale après plusieurs semaines de mer. Un soulagement, une fête sur le chemin de l’aventure. La bière coule à flot, les convives échangent leurs impressions et commentent les petits mots ou dessins que les plaisanciers doivent laisser sur des panneaux du port, en souvenir de leur passage. 


 

Le Peter Cafe Sport, institution des plaisanciers à Horta ©SGrandadam
Le Peter Cafe Sport, institution des plaisanciers à Horta ©SGrandadam
 

 


Vu du ciel, loin de la houle, l’archipel portugais des Açores avec ses neuf îles fait davantage penser à une poignée de confettis disséminés au beau milieu de l’Atlantique. Mais quels confettis ! À 1815 km du Portugal et 2625 km du Canada, ces terres volcaniques sont assises sur un relief sous-marin où s’affrontent les plaques tectoniques, soumettant les humains à des séismes sans pitié. L’histoire récente, au XXème siècle, en a connu de terribles, et au printemps 2022, d’innombrables secousses faisant craindre une éruption ont affolé la population. 
 

Ces gènes volcaniques ont façonné des paysages tout en contrastes, creusé des cratères géants, des caldeiras, et alimenté des sources chaudes d’où s’échappent des fumerolles qui s’élèvent dans le ciel comme autant de petits génies dansants

 

Fumerolles sur l’île de São Miguel ©SGrandadam

 


Un jet de pierres de lave plus loin, c’est un panorama façon suisse qui vous attend : vastes prairies et riantes vallées où paissent les troupeaux de vaches, forêts et lacs translucides… Derrière une barrière de noires falaises s’épanouit une végétation colorée d’hortensias, d’agapanthes et d’azalées…

Au fil de la promenade d’île en île et jusqu’au plus haut sommet volcanique du Pico sur l’île éponyme, qui culmine à 2351 m, on le comprend vite : aux Açores, l’eau et le feu se tutoient en permanence

La main humaine n’a qu’à bien se tenir et grapiller les quelques avantages de cette conversation, en tirant profit d’un climat qui n’est pas avare de pluie ni de soleil et bien tempéré. C’est ainsi, par exemple, qu’à São Miguel, la plus grande des îles, des cuisiniers font mijoter leur chaudron de cozido, le délicieux ragoût local, dans l’un des trous fumants de la terre. Sur cette même île, le lac Do Fogo, logé dans un ancien cratère de volcan, offre au visiteur l’apaisement de l’eau et sa réserve naturelle d’eau douce. 

Et c’est ainsi également que les villageois, après la pêche, cultivent le tabac, le thé, les céréales et une variété recherchée et coûteuse d’ananas, au goût de paradis.

 

Le lac Do Fogo sur l’île de São Miguel, logé dans un ancien cratère de volcan ©SGrandadam
Le lac Do Fogo sur l’île de São Miguel, logé dans un ancien cratère de volcan ©SGrandadam

 

 

Autrefois, les Açores furent une terre de baleiniers, jusqu’à l’interdiction de la chasse aux baleines en 1982. L’île de Pico en était le point d’ancrage, comme en témoignent un musée et des points d’observation. Aujourd’hui, avec le thermalisme ou la randonnée, la découverte des baleines, tranquilles dans leur sanctuaire, constitue l’une des principales attractions touristiques de l’archipel. C’est un tourisme délibérément sélectif et limité, sans grandes infrastructures balnéaires, tourné vers la nature et la simplicité
 

On peut approcher la brûlure des tréfonds et ses drames humains en visitant, à Faial, le Centre d’interprétation des volcans qui retrace les éruptions aux Açores. Comme celle de 1958, un mois entier de feu qui a provoqué la fuite de nombreux Açoriens hors de l’archipel. “La coulée de lave incandescente ressemblait à une rivière d’or“ témoigne un ancien qui habitait là. “On ne voyait plus d’herbe, tout était noir sur le sol.“
 

 

Découvrir le portugal en vidéo : 

 

 

Un saisissant contraste entre roche noire et fleurs exubérantes ©SGrandadam
Un saisissant contraste entre roche noire et fleurs exubérantes ©SGrandadam
 

 

 

C’est à Pico, la mieux couronnée de l’archipel avec son cône volcanique et en partie classée réserve naturelle, que l’âpreté le dispute à la douceur avec le plus d’évidence. 

Ici, le rivage est noir et dur : du basalte volcanique. “Au XVIIème siècle, survivre ici était une lutte sans merci, avec tous ces cailloux, la terre était impossible à cultiver“, explique le guide. 

Mais ce basalte révéla un avantage inattendu : il filtrait l’eau des marées et permettait de cultiver de très petites parcelles de vigne abritées des embruns par des murets de pierres sèches. Désormais encouragée par des subventions publiques, qui ont permis à des familles de revenir au pays, l’île produit un vin doux naturel très haut de gamme, le Pico. Aux Açores, c’est toujours avec modestie que les humains négocient avec une nature imprévisible.


 

Sur l’île de Pico, un vignoble à haute valeur ajoutée ©SGrandadam
Sur l’île de Pico, un vignoble à haute valeur ajoutée ©SGrandadam