Tourisme durable

L’Amazone, de Belém à Manaus sur un bateau légendaire

19 Novembre 2021 - Biodiversité / Nature / Transports

“La vie est un long fleuve tranquille”, ce film français réalisé par Etienne Chatiliez en 1988 se déroule dans une petite ville du nord de la France, mais ce titre pourrait aussi convenir à l’ambiance moite et colorée du fleuve Amazone au Brésil. En effet, même si son débit le classe parmi les plus imposants au monde, il y règne une douceur de vivre qui invite à l’exploration. Alors bienvenue à bord des célèbres “tapouilles”, les bateaux traditionnels, pour une croisière fluviale unique au départ de Belém.

 

Le fleuve Amazone est le deuxième plus long au monde après le Nil mais détient le record d’eau transportée. C’est un très long serpent liquide qui prend sa source dans la cordillère des Andes pour se jeter dans l’océan Atlantique au nord du Brésil.

 

 

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L'immense fleuve Amazone au milieu de la forêt primaire

 

 

L’aventure, car elle mérite son nom, commence à Belém, une grosse ville portuaire qui a les pieds dans l’eau douce et salée à l’embouchure du fleuve Para et à une centaine de kilomètres de l’océan. Le Ver-o-Peso, le plus grand marché en plein air d’Amérique latine, en est le poumon. Ici, les amateurs de poissons, fruits et légumes de toutes sortes sont toujours ravis. Mais les étals qui ont le plus de succès sont ceux qui proposent des petites fioles magiques aux pouvoirs plus ou moins farfelus. Seulement, là n’est pas le propos du jour car il faut trouver un bateau qui remonte le fleuve jusqu’à Manaus pour environ six jours de navigation, si le moteur ne tombe pas en panne. Et c’est au milieu d’un défilé de marchandises transportées à dos d’homme et sur des pontons chancelants que les fameuses tapouilles en bois coloré apparaissent telles des vaisseaux d’une autre époque.

 

 

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Tapouilles sur les pontons du port Ver-o-Peso de Belém ©OliverCaillaud

 

 

Familial, rustique et charmant, ce bus de l’Amazone a un certain style et ramène du passé des images du célèbre film “Fitzcarraldo” de Werner Herzog avec Klaus Kinski. Le désir d’exploration est tout aussi présent et quand le capitaine ordonne de larguer les amarres, l’excitation est à son comble. Pas de cabine si ce n’est de minuscules espaces privés pour le capitaine et quelques privilégiés. Seule une forêt de hamacs suspendus sur les deux ponts occupe l’espace, entre les sacs de fibre remplis de vêtements et les cartons de nourriture. Il y a aussi, bien accrochés aux poteaux près du moteur qui ronronne, deux vieilles motos, un frigidaire et une énorme télévision. Quelques poules s’époumonent dans des cages avec l’espoir d’arriver saines et sauves à bon port. Un joyeux équipage avec des enfants de tous âges qui courent sans aucune appréhension sur ce pont loin d’être sécurisé, tandis que les hommes décapsulent des bières et les femmes se reposent dans les hamacs à dentelle.

 

 

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La forêt de hamacs colorés suspendus à travers le pont

 

 

Le rythme est lent, les heures s’écoulent paisiblement, entrecoupées par le retentissement de la cloche sonnant les repas invariables : poisson, haricots rouges, semoule et eau plus ou moins potable. Premiers arrivés, premiers assis sur une planche de bois, entre les quatre douches et les deux toilettes. Le temps est suspendu le soir quand le silence se fait entendre au milieu de cette immensité que l’on nomme le poumon de la Terre. Le hamac accentue cette apesanteur de bien-être sublimée pas les sauts timides du boto, ce dauphin rose qui joue dans le courant du fleuve qui devient tantôt méandre à en toucher les arbres, tantôt océan à en perdre de vue les berges...

 

 

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Le boto, le dauphin rose de l'Amazone

 

 

Quelques arrêts ici et là, au milieu de nulle part pour y déposer la télévision dans une maison sur pilotis et sans électricité : vision surréaliste de ce voyage unique en son genre. Des enfants s’amusent à surfer sur les vagues du bateau avec leur petite pirogue. Et pour les remercier de tant de bravoure, certains leur lancent des sacs de provision. Arrêt dans la bourgade d’Alter do Chao, au milieu du périple, pour se dégourdir les jambes et se baigner dans les eaux chaudes. C’est un peu la Côte d’Azur de l'Amazone et les habitants de Manaus ou de Belém viennent jusqu’ici pour y faire la fête et manger les pieds dans l’eau.

 

 

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Pause déjeuner à Alter-do-Chao, les pieds dans l'eau ©OlivierCaillaud

 

 

Dernière soirée avant d’accoster au pied de l’opéra de Manaus, dessiné par Gustave Eiffel, au milieu de la jungle, d’où son surnom de “Paris de la jungle” au XIXème siècle. C’est la fête à bord et la musique plus calypso que classique résonne dans la canopée. Les singes hurleurs répondent et cette discothèque flottante est la plus étonnante qui soit.
Arrivée au petit matin dans cette mégapole qui fut la première ville au monde à être entièrement électrifiée, à se doter d’un tramway électrique, du tout-à-l’égout ou encore de l’eau courante pour toutes les maisons. Contraste saisissant avec cette remontée du fleuve et dans le temps, à bord de ce vieux bateau. Merci capitaine pour cette expérience irréelle et éternelle.