Tourisme durable

L’Acadie : du « Grand Dérangement » au joyeux « Tintamarre »

08 Décembre 2018 - Actualité / Culture / Patrimoine

Qui connaît les Acadiens aujourd’hui ? Qui serait capable de conter leur histoire ? Bien peu de monde. Et pourtant, ce peuple dont le destin épique a donné à la France l’un des plus brillants Prix Goncourt de littérature en la personne d’Antonine Maillet puise ses racines au cœur de notre Hexagone. Aujourd’hui encore, il est possible de se rendre en Acadie, d’aller rencontrer ses habitants dont le français chantant et poétique raconte mille et une histoires. Rendez-vous au Canada, aux confins de la province du Nouveau-Brunswick, entre Shédiac, Bouctouche, Caraquet et la baie des Chaleurs.

 

 

Nouveau-Brunswick
Drapeau acadien ©PhilippePataudCélérier

 

 

Ces terres fertiles que Français et Anglais se disputent

 

N’en déplaise à Michel Fugain, ce n’est pas la faute à Napoléon si « tous les Acadiens et toutes les Acadiennes sont Américains ou sont Américaines ». Déjà ce n’est point vrai mais surtout, l’histoire avait commencé bien avant. Ce peuple pionnier, composé de colons français originaires du Poitou ou de Saintonge, arrive dans la baie de Fundy, alors baie Française, dès le début du 17ème siècle. Il rejoint ce que l’on appelle alors la « Nouvelle France », un morceau de la Nouvelle-Ecosse actuelle, où il vient cultiver les terres fertiles de ce territoire prometteur.

 

Mais en 1713, tout bascule. Suite au traité d’Utrecht, Louis XIV abandonne une partie de son royaume à l’Angleterre. Ces derniers lorgnent vite vers les terres d’Acadie. Toutefois, pas question pour les fiers Acadiens de se soumettre au bon vouloir des Anglais, c’est-à-dire de prêter allégeance à la Couronne d’Angleterre et de renier leur religion catholique pour épouser le protestantisme.

 

 

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Bataille d’Acadie ©PhilippePataudCélérier

 

 

Un destin tragique puis épique

 

 

Quelques dizaines d’années encore, les Acadiens réussissent à préserver leur mode de vie mais entre 1755 et 1763, les forces britanniques arrivent par bateau, s’emparent des forts français de Beauséjour et de Gaspareau, déportent des milliers d’Acadiens, essentiellement dans les colonies britanniques et américaines.

 

C’est le « Grand Dérangement », quelque 12 000 hommes, femmes et enfants sont déplacés. Près de 8 000 meurent avant d’arriver à destination à cause des épidémies, du froid, de la misère, de la malnutrition ou des naufrages. Et il faut alors attendre la fin des hostilités et le Traité de Paris de 1763 (la Nouvelle-France et l’Acadie passent à la Grande-Bretagne) pour commencer à voir revenir un peuple tenace, bien décidé à retrouver ses racines et à refonder une nouvelle Acadie.

 

Cette épopée est contée de façon extraordinaire par Antonine Maillet dans Pélagie-la-Charrette, où l’on suit le retour de ces exilés, exténués, démunis, qui vont traverser une bonne partie des États-Unis depuis la Géorgie, la Caroline du Sud et du Nord, la Virginie, la Pennsylvanie en passant par New York, Boston, puis l’État du Maine. Ils s’installent finalement sur le littoral de la baie des Chaleurs et là, recommencent à zéro.

 

Aujourd’hui, le Nouveau-Brunswick abrite toujours ces fiers Acadiens, dont près de 40% est resté francophone. La province est d’ailleurs la seule du Canada à être officiellement bilingue.

 

 

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Village acadien ©PhilippePataudCélérier

 

 

L’Acadie d’hier au Village historique des Acadiens

 

Cette histoire, ainsi que le mode de vie de ce peuple qui fut d’abord agriculteur avant de se réinstaller sur le littoral laissé de côté par les Anglais et de s’initier au monde de la mer et de la pêche, a été reproduite au Village historique acadien, tout près de Caraquet.

 

Axé sur la réinstallation de ce peuple qui s’est peu à peu répandu dans les régions laissées de côté par les nouveaux maîtres, le village recrée les demeures ancestrales aux 18ème et 19ème siècles et leurs évolutions avec, par exemple, la maison Martin (1770), sobre et uniquement chauffée au bois ou la maison Godin (1890), plus spacieuse où le poêle à deux ponts remplace alors le foyer.

 

On peut aussi découvrir les activités traditionnelles de ce peuple travailleur : le salage et le séchage de la morue, la transformation de la laine, l’art du hookage (tissage de tapis), la fabrication de tonneaux, de poupées mais aussi, visiter des bâtiments emblématiques tels la chapelle, l’école, la ferblanterie, le magasin général, le moulin à blé… et même une imprimerie de la fin du 19ème siècle qui publia à partir de 1867 Le Moniteur acadien, premier journal francophone des provinces maritimes.

 

 

Village acadien
Moulin à blé ©PhilippePataudCélérier

 

 

L’Acadie d’aujourd’hui sur la route du littoral acadien

 

Au-delà de l’Acadie d’hier, si l’on veut appréhender l’Acadie moderne, celle d’aujourd’hui, il faut suivre la route du littoral qui remonte depuis Bayfield, le cap Pelé, Shédiac puis Bouctouche et le pays de la Sagouine, cher à Antonine Maillet. À Saint-Louis, un immense drapeau français rehaussé d’une étoile dorée flotte au vent ; c’est le plus grand drapeau acadien de la province, réalisé en laine à l’origine. Il a été choisi le 15 août 1884 avec pour patronne Notre-Dame de l’Assomption, qui symbolise la dévotion des Acadiens envers la Vierge Marie.

 

Plus au nord, Grand-Anse est la porte d’entrée de la péninsule acadienne où les îles Shippagan, Lamèque puis Miscou se succèdent. La première abrite l’aquarium et le Centre Marin de la province, la deuxième un parc écologique, véritable réservoir ornithologique et la troisième, un phare qui domine terre et mer et conte quelques jolies histoires, comme ce jour de 1939 où des aviateurs russes décollent de Moscou pour New York mais, suite à une tempête, atterrissent par mégarde à... Miscou. Quant à la ville de Caraquet et son joli port, c’est aujourd’hui la capitale de l’Acadie et le chef lieu de la péninsule acadienne.

 

 

Acadie
Maison acadienne ©PhilippePataudCélérier

 

 

Congrès et tintamarres !

 

 

De nos jours, les descendants des Acadiens, alors quelque 14 000 hommes et femmes au moment de la Déportation, sont plus de deux millions. Outre le Nouveau-Brunswick, ils sont dispersés un peu partout dans le monde et entre autres en Louisiane, où de nombreux déportés sont restés et désormais connus sous l’appellation de Cadiens (Cajuns en anglais).

 

En 1994, gage de la volonté de ce peuple de se rassembler, s’est tenu le premier Congrès mondial acadien. Le prochain, la 6ème édition, se tiendra à l’Île-du-Prince-Edouard et dans le Sud-Est du Nouveau-Brunswick entre le 10 et le 24 août 2019. Il permettra une fois de plus, à tous les Acadiens du monde entier de se retrouver pour évoquer leur avenir et les liens qui soudent chacune des communautés.

 

Enfin, parce que le Grand Dérangement a été cette blessure fondatrice qui a marqué tout un peuple, il est une fête qu’il ne faut pas manquer en Acadie, une fête pour laquelle bien des semaines à l’avance, les maisons se parent de couleurs et hissent les drapeaux, il s’agit bien sûr du Grand Tintamarre, qui commémore la déportation des Acadiens. Elle a lieu le 15 août de chaque année et pour l’occasion, toute la communauté se retrouve et tente de produire le plus de bruit possible avec force casseroles, klaxons et tout ce que l’on peut imaginer de sonores et discordants… et bien sûr, au son des violons !

 

Trois sites pour découvrir le Nouveau-Brunswick :

Site officiel : tourismenouveaubrunswick.fr

Facebook : facebook/nouveaubrunswick

Twitter : ExplorezLAcadie

 

 

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Ombres ©PhilippePataudCélérier

 

 

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