Tourisme durable

La Panthère des neiges,
l’observation est un voyage

22 Mai 2022 - Art / Biodiversité / Entretien / Nature

Attendre sans bruit par -30 °C l’hypothétique venue d’un animal mythique caché sur les hauts plateaux du Tibet… Et si la bête ne se montrait pas ? Dans La Panthère des neiges, prix Renaudot 2019, Sylvain Tesson nous invite dans une quête ensorcelante, où il est question d’attention à la nature, d’espérance et d’émerveillement. 

 

La panthère des neiges est aussi appelée léopard des neiges ou encore once ©Wikimedia Commons
La panthère des neiges est aussi appelée léopard des neiges ou encore once ©Wikimedia Commons
 
 
Tout commence par une invitation. Lorsque le photographe animalier Vincent Munier propose à l’écrivain-voyageur Sylvain Tesson de vivre une expérience contemplative sur les hauts plateaux himalayens, pour l’initier à l’art de l'affût. S’immobiliser pour mieux saisir l’instant, sans autre attente que celle d’ouvrir l’œil sur la beauté du monde. Une beauté incarnée par la panthère des neiges, félin discret et solitaire qui vit dans les régions les plus reculées et les plus inaccessibles de la planète. 
 

"Regarder le monde de toutes ses forces"

 
Sylvain Tesson part sur le toit du monde en plein hiver habiter des espaces sauvages à plus de 4 000 mètres d’altitude en quête de la panthère des neiges. On compte moins de 6 000 spécimens à travers le monde, dans les reliefs de la haute Asie, de l'Altaï russe à la chaîne de l'Himalaya, du plateau du Pamir aux contreforts du Tibet. C’est un animal si rare que chaque observation est un véritable événement. Voilà pourquoi on le surnomme parfois le "fantôme des montagnes".
 
 
Hauts-plateaux tibetains ©Peter Voerman Flickr
Hauts plateaux tibetains © Peter Voerman Flickr

 

 
Débute alors le grand défi pour Tesson : accepter l’idée de rester immobile et silencieux. Lui qui a passé une bonne partie de sa vie à courir le monde à vélo, à pied, à cheval ou en side-car, va devoir renoncer au mouvement, ralentir le rythme, apprendre la patience et le silence. Cette pratique attentive va à rebours de l’air du temps, frénétique et narcissique.

 
"Au ‘tout tout de suite’ de l'épilepsie moderne
s'opposait le ‘sans doute rien, jamais’ de l'affût" -
Sylvain Tesson, 
La Panthère des neiges

 
Le voilà posté avec Munier, tel le maître et l’élève, sur les arêtes de granit, à guetter les bêtes et leur présence invisible. Chaque mot se lit doucement, religieusement, comme si on ne voulait pas les déranger en plein affût. Très vite, la poésie de Tesson s’enflamme et l’observation se transforme en voyage dans un monde onirique, où les animaux nous regardent, et où l’on se prend à rêver qu’un jour, ils feront la loi
 
©Laurent Bonnet

© Laurent Bonnet


 

Ode au monde sauvage
 
Le félin impassible, qui les observe de haut sans se manifester, semble regarder du sommet un monde qui s’abîme. Aux premières loges d’une nature en perdition, Tesson livre un vrai plaidoyer sur la biodiversité et les ravages du progrès. Dans un foisonnement de réflexions sur le monde, l’auteur nous jette aux visages les réalités de notre époque.
 
 
"En ce début du siècle 21, nous autres, huit milliards d’humains, asservissions la nature avec passion. Nous lessivions les sols, acidifions les eaux, asphyxions les airs." - Sylvain Tesson, La Panthère des neiges
 
 
Son récit est aussi une introspection personnelle et profonde. L’expérience de la contemplation le transforme. La panthère fait écho à ses blessures, ses deuils et ses amours perdus. L’affût devient une grande aventure intérieure. 
 
 
©Pixa Bay

© Pixa Bay

 

Lutter pour qu'il demeure

 
"Vénérer ce qui se tient devant nous. Ne rien attendre.
Se souvenir beaucoup. Se garder des espérances, fumées au-dessus des ruines.
Jouir de ce qui s’offre. Chercher des symboles et croire la poésie plus solide que la foi.
Se contenter du monde. Lutter pour qu’il demeure."  - Sylvain Tesson, La Panthère des neiges
 
 
La Panthère des neiges nous donne l’occasion de réfléchir à l’altérité, à notre rapport à la nature et à l’ardente nécessité de respecter le monde vivant qui nous entoure. Plutôt que de creuser le désespoir, Sylvain Tesson nous invite à une célébration de la beauté. Majestueuse. 
 
 
Pour aller plus loin :
- La Panthère des neiges, de Sylvain Tesson, Gallimard, 176 p., 18 €
- La Panthère des neiges, de Marie Amiguet et Vincent Munier, a reçu le César 2022 du meilleur film documentaire
 
 
Sommets enneigés des hauts plateaux du Tibet ©Jan Reurink - Flickr
Sommets enneigés des hauts plateaux du Tibet © Jan Reurink - Flickr