Tourisme durable

Inde, palais oubliés de Mandu

02 Janvier 2019 - Culture / Patrimoine / Récit

Vous aimez l’Inde pour la douceur de ses paysages, sa sérénité ambiante et son histoire fascinante ? Tout est possible dans ce pays, même d’y trouver encore des trésors cachés. Au Madhya Pradesh, grand État rural de l’Inde centrale, le petit village de Mandu mérite que l’on s’y attarde…

 

 

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Roopmati Pavillon, Mandu, Madhya Pradesh ©Getty Images

 

 

 

Au Madhya Pradesh, on retrouve l’Inde millénaire, celle des cités anciennes nichées dans une nature ensorcelante, de l’authenticité des villages et de la quiétude des campagnes. Beaucoup moins touristique que son voisin le Rajasthan, la région est néanmoins connue pour certains sites emblématiques : temples érotiques de Khajuraho, palais d’Orchha ainsi que de nombreux parcs nationaux abritant la plus grande population de tigres du pays. Absent des circuits touristiques classiques, le Sud-Ouest attire peu de voyageurs étrangers. Pourtant, un village perché sur un plateau forestier à quelque 630 mètres d’altitude renferme un patrimoine architectural injustement oublié.

 

 

 

Chefs-d’œuvre oubliés de l’art islamique

 

 

Mandu est l’ancienne capitale du Malwa, une région princière qui comprenait autrefois l’ouest du Madhya Pradesh et le sud-est du Rajasthan actuel. À partir du XIIème siècle, les souverains locaux laissent place à des gouverneurs musulmans mandatés par le Sultan de Delhi. Mandu connaît alors un grand essor pendant plusieurs siècles. Le sultan du Malwa, l’Afghan Dilawar Khan y bâtit son propre royaume. Son fils Hoshang Shah déplace ensuite la capitale de Dhar à Mandu et conduit la ville à sa splendeur.

 

Des successeurs issus d’une autre dynastie, les Khalji, participent tour à tour au développement de la cité. Mandu ne s’est pas faite en un jour ! Arrivent ensuite les luttes entre les rois du Malwa et les Moghols en place à Delhi. D’abord face à l’empereur moghol Humayun, puis face aux troupes du redoutable Akbar en 1570. Enfin en 1732, les Marathes, caste de guerriers de l’État du Maharastra voisin, s’emparent du royaume, ramènent la capitale du Malwa à Dhar, et Mandu tombe dans l’oubli définitivement.

 

 

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Vue sur le Jahaz Mahal, palais royal de Mandu ©Herve Hugues – Getty Images

 

 

 

Ses vestiges remarquables perdus dans la campagne indienne témoignent de la renommée et du raffinement que connut Mandu avant d’être abandonnée. Le site comprend 61 monuments : palais, bassins, hammams et mosquées. En 1998, le gouvernement indien a soumis le site à la liste indicative de l’Unesco pour tenter d’obtenir l’inscription officielle du bien. Géré par l’Archaeological Survey of India, l’ensemble est bien préservé sans être muséifié, il est “dans son jus” ! Ici, la lumière indienne est encore plus attachante qu’ailleurs et les vestiges indo-musulmans illuminent ce village fantôme.

 

 

 

 


De palais en légendes

 

Prenez le temps de déambuler au milieu des vestiges afghans, où chaque morceau de ruines est un bijou architectural. Le Jahaz Mahal est certainement le monument le plus gracieux de Mandu. Surnommé le « Ship Palace », il s’étend sur plus de cent mètres tel un navire de grès rose flottant entre deux lacs. Labyrinthes, corridors, escaliers menant sur les toits ou sous la terre, chaque chemin que l’on emprunte s’ouvre sur des salles elles-mêmes reliées entre elles par des passages souterrains. Le palais royal allie la beauté de l’architecture islamiste aux techniques de récupération des eaux de pluie et de stockage de l’eau. De nombreux puits, les fameux baoli, permettaient d’alimenter les piscines adjacentes au harem, permettant aux princes de se rafraîchir pendant l’été caniculaire.

 

 

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Canaux d’irrigation pour alimenter les bassins du palais royal, Jahaz Mahal ©S.Squillace

 

 

 

Face au petit marché central de Mandu, la mosquée Jami Masjid, construite en 1454, compte parmi les plus beaux ouvrages d’architecture afghane en Inde. Dans l’enceinte, le tombeau du roi Hoshang Shah, qui inspira sans aucun doute la construction du Taj Mahal, serait le tombeau le plus ancien du pays construit en marbre. Les fameux Jali, ces écrans de pierre ajourés si caractéristiques de l’art musulman indien ornent ses façades.

 

 

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Tombeau de Hoshang Shah – Mandu ©Flickr CC

 

 


Près du réservoir Rewa Kund, le palais Baz Bahadur surprend par son architecture, mêlant les styles rajasthani et moghol. Enfin, le Roopmati Pavillon, le plus romantique des monuments, est posé sereinement sur le bord du plateau surplombant la vaste plaine indienne. À l’origine du palais, on découvre une célèbre histoire d’amour indienne. La légende raconte qu’au début du XVIème siècle, le dernier prince indépendant de Mandu, le musulman Baz Bahadur, venu d’Afghanistan, s’éprend d’une chanteuse hindoue, Rani Roopmati. Il essaie de la convaincre de l’accompagner à Mandu, elle accepte à une condition : qu’elle habite dans un palais offrant la vue sur la rivière Narmada, l’une des sept rivières sacrées d’Inde. La romance prend tragiquement fin lorsque l’empereur moghol Akbar envoie ses troupes envahir Mandu. Le général Adham Khan capture la ville, vainc Baz Bahadur avant de tenter de séduire Rani Roopmati. Pour éviter le sort qui l’attend, la princesse s’empoisonne.

 

 

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Représentation de Baz Bahadur et Rani Roopmati

 

 


Au-delà des palais et des légendes, ce qu’il y a peut-être de plus insolite à Mandu, ce sont ces immenses baobabs qui poussent dans les environs, seul endroit en Inde où l’on peut admirer ses arbres africains. De retour vers le bazar local, un vendeur nous secoue un fruit comme une maraca : « Baobab’s fruit, good for your stomach ! » nous lance-t-il. En entamant la discussion avec lui, il est flatté que l’on apprécie Mandu et nous dit de revenir pendant la mousson, lorsque la pluie magnifie encore plus le site.

 

 

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Plusieurs baobabs poussent autour de Mandu ©Flickr CC – Marji Lang

 

 

 

Pour l’instant, nous partons vers le Sud, et filons à travers les champs de coton pour rejoindre Maheshwar au pied de la rivière Narmada, une autre cité oubliée du Madhya Pradesh…

 

 

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