Tourisme durable

Il était une fois les Aborigènes de Tasmanie

21 Octobre 2019 - Culture / Histoire / Initiatives

Aux antipodes de la France, la Tasmanie doit son nom à Abel Tasman, un navigateur hollandais qui la découvrit en 1642. À partir de cette date, l'histoire des Aborigènes prend un tournant tragique. Aujourd’hui, grâce au tourisme, ils relèvent la tête.

 

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Vue depuis le Wukilina Walk ©Nicolas Leblanc

 

 

Arrivée près de Mount Williams au nord-est de l’île, point de départ de la Wukalina Walk, une randonnée de trois jours entre le bush sauvage et les plages désertes couronnées d’énormes rocs de granit. Ben Lord nous accueille en prononçant quelques phrases en palawa kani, la langue des Aborigènes de Tasmanie composée à partir des neuf langues autrefois en usage sur l’île et ayant disparu au fil de l’extermination systématique de ses locuteurs.

 

Quand les Britanniques s’installèrent en 1803 près du lieu qui allait devenir la capitale Hobart, on comptait quelque 7000 autochtones. 73 ans plus tard, il n’y en avait plus un seul. Un génocide pour se sentir at home. Issus des unions entre indigènes et colons, environ 12 500 habitants de l’île sont aujourd’hui recensés comme Aborigènes de Tasmanie (Palawa) et militent pour faire valoir leurs droits et renaître leur culture. Ben Lord est l’un d’eux et à vrai dire, il ne ressemble pas à l’image qu’on se fait d’un Aborigène. Clyde Mansell, non plus, le chef du Conseil des Aînés de Tasmanie. Sous sa tignasse argentée brillent deux yeux d’un bleu éclatant.

 

« Dans mon cœur et dans mon âme, je me sens aborigène, explique-t-il posément. La Wukalina Walk est l’occasion de parler d’une histoire et d’une culture peu connues. C’est aussi la première entreprise touristique créée et gérée par des Palawa sur l’île. Son but : générer des emplois pour notre communauté, redonner de la fierté à nos jeunes et démontrer que notre peuple vit toujours. »

 

 

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Krakani Lumi, lieu de repos géré par les Aborigènes ©Nicolas Leblanc

 

 

Leçons de choses au grand air

 

En guise d’amuse-gueule, on entame la randonnée par l’ascension du mont William, le point le plus élevé du parc national alentour auquel il donne son nom. Qui était ce William ? On préfère retenir le nom aborigène du géant des lieux, Wukalina qui signifie « sein de femme ». Il faut s’accrocher pour garder le contact avec Ben Lord qui se faufile entre les buissons de boronias, de banksias, de yaminas avec la vivacité d’un kangourou géant. De temps en temps, il marque cependant une pause pour dispenser quelques leçons de botanique appliquée. Ainsi, apprenons-nous que la sève contenue dans les pousses du yamina quand on la mélange à des crottes de kangourou et du charbon constitue une très bonne colle. On arrive au krakani lumi, lieu de repos, sans y prendre garde tant les huttes de bois qui le composent se fondent dans la végétation.

 

« Le projet Wukalina a changé ma vie, confie Ben entre deux topos sur les vertus des plantes sauvages. Avant d’exercer le métier de guide, j’ai longtemps travaillé comme pêcheur sur les bateaux-usines, j’ai aussi été barman. Il y a peu encore, j’étais méprisé en tant qu’Aborigène, mais désormais j’ai retrouvé ma fierté au contact de la nature et en œuvrant pour notre communauté. »

 

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Diable de Tasmanie, mascotte locale ©Nicolas Leblanc

 

 

À faire
Tour Wukalina Walk, randonnée de 3 jours et 4 nuits pour mieux comprendre la culture et l’histoire des Aborigènes de Tasmanie tout en découvrant des paysages à la beauté sauvage. http://www.wukalina.com.au/

 

 


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