Tourisme durable

En remontant la Somme

30 Mars 2021 - Culture / Histoire / Patrimoine

Si la baie de Somme est des plus réputées, il est temps de sortir des méandres connus pour remonter le fil du fleuve qui prend sa source dans l'Aisne avant de traverser le département de la Somme d'est en ouest.


C’est du côté de Frise que le fleuve tresse sa plus grande boucle. L’ancien chemin de halage, où s’échinaient les chevaux jusqu’en 1940, a été reconverti en chemin de randonnée et aménagé en Véloroute Vallée de Somme. Les oies et les canards ont encore le bec dans la plume, mais les pêcheurs sont déjà à pied d’œuvre entre les roseaux. Le sentier s’écarte un moment de la rive pour grimper un larris, un de ces coteaux calcaires recouverts d’une pelouse qui sent bon le Sud avec ses orchidées, ses anémones pulsatilles et ses papillons étourdis de soleil.
Du belvédère, le regard embrasse le méandre en épingle à cheveux dominé au nord par la montagne de Vaux. Difficile d’imaginer qu’ici même pendant l’hiver 1914-15, les hommes se sont entretués avec application. Il y a 95 ans donc, la ligne de front s’enlisait dans ces marigots, les Allemands du côté de Vaux, les Français vers Frise. Le légionnaire Blaise Cendrars a décrit dans « La main coupée » les gémissements des soldats agonisant entre deux tranchées qui appellent leur mère.
 

 

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Depuis sa source à Fonsomme jusqu'à Amiens, la Somme prend son temps


 

Mais si la Somme occupe une place de choix dans les manuels d’histoire contemporaine, elle le doit plutôt à la bataille éponyme lancée par l’état-major allié le 1er juillet 1916 entre Albert, Chaulnes et Péronne qui fit 442 000 morts. La Somme compte ainsi 410 cimetières britanniques pour seulement 20 Français et 13 Allemands. Chaque année, plus de 200 000 touristes anglais, australiens, néo-zélandais, canadiens ou sud-africains viennent se recueillir sur les tombes d’un arrière-grand-père ou d’un grand-oncle.


 

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Il y a 410 cimetières britanniques en Somme


 

Marins d'eau douce
 

Même si chaque année, 30 à 40 tonnes d’obus remontent en surface, le pays de la Somme jouit désormais d’une singulière sérénité. Et pour la goûter pleinement, rien de tel que d’habiter sur le fleuve comme Guy Vardon. Voici deux ans que ce retraité de l’Inserm a décidé de réaliser son vieux rêve de vivre sur un bateau, en l’occurrence un Espade de 11,50 mètres, amarré à Cappy.
 

 

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La hutte Perrine, héroïne du roman d'Hector Malot "En famille" - Marais des Cavins

 


« Quand on commence sur le tard comme moi, on ne tente pas la mer. Je quitte mon anneau deux-trois semaines par an, mais pour rester sagement sur le canal. »

Il a bien une maison dans la Drome, mais préfère les 30 m2 de son Asana II. Seuls l’hiver et ses frimas lui font quitter le bord et louer un gîte à proximité pour ne pas grelotter. « Il faudrait isoler toutes les fenêtres pour ne pas consommer plus de gasoil à se chauffer plutôt qu’à naviguer. »


 

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Guillaume Fatras navigue sur le fleuve de la Somme à bord de son bateau hollandais, Nauporos

 

Cappy est avec Péronne le seul port sur la Somme. Les autres escales ne sont que des « haltes », des quais où l’électricité marche avec des pièces, dépourvues de douches ou de toilettes. Mais cela pourrait bientôt changer avec le projet « Vallée de Somme, vallée idéale » qui envisage la création d’un vrai port à Amiens, de nouveaux relais nautiques et plus généralement de nouvelles façons « d’habiter l’eau ». Des passerelles, des habitats atypiques sur l’eau, des maisons éclusières réhabilitées ravivent déjà la symbiose avec le fleuve.


 

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Avec le projet "Vallée de Somme, vallée idéale", Amiens aurait un vrai port

 

Toutes les infos pour voyager autour du fleuve sur : somme-tourisme.com