Tourisme durable

Directravel,
premier salon du voyage en direct

07 Novembre 2016 - Actualité / Evénement / Initiatives / Préservation

Promouvoir l’expertise des opérateurs touristiques locaux auprès du public, tel était le principal objectif du salon DirecTravel dont la première édition s’est tenue le 1er week-end d’octobre. Après avoir défrayé la chronique et créé la polémique chez les professionnels du tourisme en France, on peut dire que le décollage s’avère timide, beaucoup ayant boudé un évènement qui risque de faire bouger les lignes. Premier bilan d’un salon dont le premier mérite reste déjà d’avoir eu lieu !

 

Découvrir le Cambodge autrement © Terre Cambodge

 

 

 

Mettre les acteurs locaux au cœur de la construction du voyage sur mesure
 
 
 
Pourquoi, lorsque l’on s’appelle Christophe Sentuc et que l’on a été vingt-cinq ans à la tête de Fleuves du monde et de Terre Voyages, deux opérateurs touristiques alors dûment immatriculés en France, avoir envie de titiller le modèle de l’industrie du voyage à la française ? « J’ai toujours eu le voyage dans le sang, même si j’ai été pendant 25 ans à la tête d’agences de voyage, mon cœur de métier reste la prestation de services. Avant Fleuves du monde, je créais et revendais des voyages pour d’autres, car ce qui m’intéresse avant tout, c’est de monter et de réaliser des voyages sur le terrain. » Aujourd’hui, l’homme a créé sa société, Act &Go, avec pour objectif premier de faire la promotion de ces acteurs locaux qui l’ont longtemps relayé sur le terrain. DirecTravel en est la première pierre, un salon pour mettre en contact les clients avec les acteurs du terrain, mais pas que, un moyen aussi de faire de l’information clients, avec le sentiment qu’aujourd’hui, de nombreux territoires ont les moyens de prendre en main leur destin touristique. 
 
 
 
 

Salon DirecTravel © C.Sentuc

 

 

 

Un salon poil à gratter

 

 

 
Malgré les nombreuses polémiques provoquées par un salon qui bouscule les codes, et notamment celui du tourisme qui ne permet pas aux exposants étrangers de réaliser des ventes en direct sur le territoire français, le salon a bel et bien eu lieu, parce qu’en revanche, il n’est pas interdit de faire la promotion de sa production, et que Christophe Sentuc a toujours insisté sur le fait qu’il n’est pas là dans une action d’opposition au système mais plutôt d’intégration, chacun devant se repositionner en tenant compte de l’évolution du secteur : « Je ne suis pas là pour perturber la profession mais au contraire, pour accompagner une clientèle qui lui échappe de plus en plus et qui peut trouver son bonheur auprès des réceptifs locaux, ce qui ne l’empêchera pas de se tourner vers des professionnels pour être confortés dans leurs choix et engagements contractuels avec assurances, garanties et prestations sécurisées. Il y a de la place pour tout le monde. » De fait, le voyage en direct est une tendance qui s’amplifie, qui permet de valoriser l’expertise des agences locales tout en réduisant la facture des voyageurs, avec des acteurs du e-tourisme tels Evaneos ou Tripconnexion, partenaire de l’évènement pour ce dernier, qui assurent déjà depuis plusieurs années ce rôle de trait d’union entre clients et réceptifs locaux.
 
 
 

Un premier bilan encourageant

 

 

 
Pour sa première édition, le salon a finalement réuni une quarantaine d’opérateurs venus des quatre coins du monde et accueilli près de 3 000 visiteurs. Christophe Sentuc : « Nous sommes satisfaits de cette première édition. En revanche, nous avons été surpris de l’âge moyen des clients qui se sont déplacés, entre 45 et 60 ans à 70%, moins jeune que ce que l’on espérait. » Au-delà des nombreux réceptifs (Essentiel Bostwana, Terres Cambodge, Terre du Ladakh, Karavan Travel, Indigo, etc.), l’Europe et la France étaient également représentées avec Croisieurope et la France à vélo, initiateurs et révélateurs d’un slow tourisme en évolution constante. A noter aussi la présence de plusieurs start-ups, telles WorldCraze (plateforme collaborative de shopping à l’étranger), Opwigo (aide à la préparation au départ), La Boxtrotter (box mensuelle alliant nouvelles destinations et produits locaux) et bien sûr, TripConnexion, partenaire numérique du salon, plateforme de mise en relation des clients avec des réceptifs locaux. Enfin, ce premier rendez-vous du voyage en direct a également permis de mettre en lumière des métiers moins connus, à l’image des coachs voyage qui proposent d’aider les voyageurs individuels à mettre sur pied leur projets de voyage.
 
 
 
 
 

Regards croisés Yunnan Chine © G. Clastres

 

 

 

Des acteurs satisfaits

 

 
Malgré l’affluence encore modérée, les exposants se sont montrés satisfaits de l’évènement. Le public, peu nombreux mais qualitatif, s’est avéré qualifié, avec de futurs clients très au fait de leur envie de voyage et posant des questions précises et constructives. En outre, les réceptifs présents ont apprécié de pouvoir échanger entre eux et partager ainsi leurs expériences quant à cette nouvelle activité qui consiste à répondre aux demandes des consommateurs en direct. Ils ont aussi pu établir des contacts précieux avec de nouvelles agences en France. Plusieurs temps forts et conférences ont également rythmé les trois jours. La cérémonie d’ouverture, par exemple, a mis en lumière l’historien du Sahara Jean-Marc Durou, l’occasion de faire une allusion à Maurice Freund dont les charters de Point Afrique ont désenclavé des destinations comme la Mauritanie dans les années 1970. A ses côtés, Nicolas Brumelot, ancien de Go Voyages et co-fondateur de Mister Fly, site de réservation de billets d’avion en ligne, a relevé que la réservation en ligne contribuait elle aussi à la désintermédiation des packages touristiques :
 
« L’essor du tourisme aérien est une forme évidente de démocratisation des moyens de transport. On passe progressivement du « package » au voyage à la carte »
 
 
 
 
 

Djibouti © G. Clastres

 

 

 

Et demain ?

 

 

Fort de cette première édition, Christophe Sentuc souhaite à présent poursuivre et pérenniser l’évènement, voire en faire un évènement bi-annuel, avec un rendez-vous à l’automne et un autre au printemps. Il regrette toutefois le manque d’implication de certains acteurs, et notamment des réseaux du tourisme responsable qu’il aurait souhaité plus présents pour l’aider à fédérer ces réceptifs qui ont aussi besoin de visibilité. Il déplore également que la table ronde censée rassembler les acteurs du SNAV et du CEDIV pour rappeler les intérêts de l’agence de voyage française n’ait finalement pu avoir lieu pour cause d’absence des intervenants. Ce premier round a toutefois beaucoup fait parler et au-delà de l’affichage, beaucoup sont venus discrètement jeter un œil, tester le terrain, parcourir les allées en toute discrétion et rencontrer quelques acteurs… Reste à présent à imaginer le futur, et en tout premier lieu à mobiliser partenaires et soutiens pour trouver un modèle économique viable.
 
 
Pour l’heure, Christophe Sentuc, certes volontaire et déterminé, s’avère relativement isolé. Pas facile de faire bouger les choses et d’accompagner avec responsabilité et professionnalisme cette nouvelle démarche du tourisme en direct. Et pourtant, il serait temps de se réjouir que certaines destinations alors mises en tourisme avec un taux de fuite moyen de 70% des capitaux générés par l’activité touristique, soit aujourd’hui capable de s’organiser et de faire de cette industrie un levier de développement local pour leur territoire.