Tourisme durable

De la COP 21 à la COP 22 :
quel chemin parcouru ?

19 Décembre 2016 - Actualité / Initiatives / Portrait / Préservation / Evénement

Expert dans le domaine de la coopération internationale, Stéphane Pouffary et son association Energies 2050 sont parties prenantes du grand chantier international de la lutte contre le réchauffement climatique depuis son origine. Au terme du sommet de la COP 22 à Marrakech, il nous donne ici des nouvelles de ce qu’il appelle « La Grande Transition ». Très instructif.

 

 

Stéphane Pouffary intervenant à la tribune de la COP 22

Stéphane Pouffary intervenant à la tribune de la COP 22

 

 
TV5MONDE : Vous étiez à la COP 22, à Marrakech avec votre association Energies 2050. Pouvez-vous vous présenter en deux mots ainsi que l’association ?
 
Stéphane Pouffary : Depuis plus de 30 ans, mon expérience dans le domaine de la coopération internationale m’a conduit à mettre en place, coordonner et participer à plus d’une centaine de projets internationaux. J’ai pu ainsi parcourir le monde, comprendre et ressentir des réalités plurielles avec partout la brutalité des conséquences de nos modes de développement, dès lors qu’ils ne sont pas soutenables et solidaires. En 2011, Energies 2050 est née de cette vision, fondée sur la base d’un réseau international existant depuis 2007. L’association intervient en France et à l’étranger en prônant la systémique du développement pour une Grande Transition : transition énergétique, sociale, économique, etc. mais également mouvement vers une société plus humaine et respectueuse des biens communs de l’humanité. Nous fédérons aujourd’hui des experts d’une soixantaine de nationalités et mettons en œuvre des projets dans une trentaine de pays, avec un double prisme : horizontal (développement durable, climat, économie, énergie, etc.) et vertical (du local au plus haut niveau). Energies 2050 a par exemple accompagné 7 pays dans l’élaboration de leurs Contributions Prévues Déterminées au niveau national en préparation de la COP 21.
 
Pour Energies 2050, la mise en œuvre des stratégies internationales doit être portée à tous les niveaux, car les milliards d’individus qui peuplent la planète constituent autant d’opportunités d’actions pour la réussite de ces grands programmes internationaux, qui ne sauraient aboutir sans la réelle implication de toutes les forces vives. Conscients du fait que ces débats d’experts et les enjeux sont parfois d’une telle complexité que les citoyens peuvent se sentir dépassés, nous avons lancé la collection des « Guides pour agir » avec notamment, deux Guides pour les citoyens : un portant sur les négociations internationales sur le climat et l’autre sur les Objectifs de Développement Durable.
 
 
TV5 : Un an après la si symbolique COP 21, quelle était l’ambiance à la COP 22 ?
 
SP : Energies 2050 est depuis sa création un Observateur accrédité sous couvert de la Convention-Cadre des Nations Unies sur les Changements Climatiques et un acteur impliqué dans les dynamiques internationales - certains seniors de l’association participent même à l’aventure depuis le premier Sommet de la Terre. Pour la COP 21, nous avions un stand dans l’espace accrédité réservé aux négociations et avons organisé plus d’une quarantaine d’évènements. Nous avons également participé aux grands moments préparatoires de la COP 22 qui pour Energies 2050, comme pour nombre d’acteurs, devaient représenter l’opportunité de partager les savoirs, démontrer les possibles, construire des partenariats et démultiplier les opportunités d’actions (à travers plus d’une cinquantaine d’évènements à Marrakech nous concernant). Suite à la COP 21 ayant permis l’adoption du premier accord « universel » sur le climat, la COP 22 devait être celle de l’action et de la mise en œuvre. L’atmosphère de Marrakech était donc marquée par une forme d’effervescence, même si, au final, les décisions prises par les parties peuvent être considérées comme très insuffisantes au regard de l’urgence. Rappelons ici que négocier à 196 Etats-parties représente un exercice très complexe dans lequel les contradictions, voire les oppositions et, dans certains cas, la schizophrénie des Etats, limite cet Agenda de l’action que nous aurions voulu plus ambitieux. Néanmoins, « l’esprit de Paris » était bien là, en particulier dans l’immense espace réservé aux acteurs non étatiques.
 
 
Le stand d'Energies 2050 à la COP 22 à Marrakech

Le stand d'Energies 2050 à la COP 22 à Marrakech

 

 

TV5 : Quel bilan peut-on finalement tirer de ce sommet ?
 
SP : Portons d’abord un regard sur le chemin parcouru. Suite à de nombreuses et intenses années de négociations, l’Accord de Paris a permis de réelles avancées : objectif inscrit du maintien des températures sous la barre des 2°C (voire 1,5°C) d’ici à la fin du siècle et reconnaissance d’un certain nombre de problématiques à envisager. Ceci étant, et malgré les annonces, nos émissions de gaz à effet de serre continuent d’augmenter ! Il s’agit d’un constat implacable, et l’ambition du discours ne doit pas masquer le fait que si nous additionnons l’ensemble des engagements pris à ce jour par les pays, même en y ajoutant ceux pris par les acteurs non étatiques, nous restons encore plus proches d’une augmentation de 3 à 3,5°C que des 2°C espérés.
La question du financement était, bien sûr, au cœur des débats. Au-delà de la confirmation de l’objectif de mobiliser 100 milliards de dollars par an à partir de 2020, de nombreux points restent en suspens, comme la manière d’accompagner dans leur démarche les pays les moins avancés. D’évidence, l’atteinte des objectifs communs ne pourra se faire sans la mise en place de projets concrets de grande envergure et Marrakech n’a, de ce côté, fait qu’initier le processus. La conclusion de la COP 22 a donc, entre autres, appelé à l’accélération des travaux en indiquant une date butoir sur l’adoption des décisions liées à l’application de l’Accord de Paris : la COP 24 de 2018, en Pologne. Disons qu’à l’issue de la COP 22, le verre est à moitié vide et à moitié plein…
 
 
TV5 : Qu’est-ce qui, lors de la conférence, vous a paru de bon augure ?
 
SP : Parmi les succès de la COP 22, mentionnons d’abord l’engouement politique suscité, notamment par la présence d’une quarantaine de chefs d’Etats pour l’ouverture du segment de Haut Niveau. Plus largement, notons le formidable engagement des acteurs non étatiques et de la société civile. D’un point de vue officiel, deux déclarations ont par ailleurs été adoptées : la « Proclamation de Marrakech » qui témoigne de l’engagement des Parties à perdurer dans la mise en œuvre des objectifs fixés et le « Partenariat de Marrakech » qui entérine un programme d’actions sur la période 2017-2020 en reconnaissant justement le rôle indispensable que les acteurs non étatiques devront jouer pour réduire l’écart entre ambitions et réalités sur le terrain. Concernant les projets et programmes mis en œuvre, il est essentiel de rappeler qu’ils sont tous rentables et qu’ils apportent de la performance : sociale, environnementale, économique ou politique. Une des grandes leçons de Marrakech est précisément d’avoir montré l’incroyable potentiel d’innovation et le dynamisme des forces citoyennes et économiques autour de la question climatique.
 
 
TV5 : Energies 2050 est également membre cofondateur de la Task Force « ACToD21 » (Agir pour le Climat et un Tourisme Durable 21)…
 
SP : Le tourisme durable fait en effet partie des sujets sur lesquels Energies 2050 intervient, que ce soit pour les Nations Unies, l’Institut de la Francophonie pour le Développement Durable, des programmes européens ou des initiatives citoyennes, comme par exemple « ethiCarbon Afrique® » qui repose sur l’utilisation d’un calculateur innovant contribuant à une véritable révolution énergétique africaine.
Le tourisme représente une formidable opportunité de co-construire un développement solidaire, résilient et respectueux des ressources naturelles. Et, de ce côté, une multitude d’initiatives sont déjà menées qui témoignent de son important potentiel d’innovation. Citons le projet européen « Nezeh » qui vise à la mise en place d’hôtels pilotes « presque zéro énergie » via l’accélération du taux de rénovation des hôtels existants en leur fournissant des conseils techniques, démontrant la faisabilité et la durabilité des investissements.
 
 
Discussion avec Hindou Oumarou-Ibrahim, représentante des Peuples Autochtones

Discussion avec Hindou Oumarou-Ibrahim, représentante des Peuples Autochtones

 

 

TV5 : Etes-vous plutôt optimiste ou pessimiste pour la suite des événements ?
 
SP : L’Homme est à la croisée des chemins. La crise actuelle nous appelle à l’impératif de nous approprier (enfin), au niveau planétaire, le sens du bien commun. Le collectif est le seul moyen d’assurer à chacun d’entre nous, où qu’il vive, d’avoir accès à un développement équitable. Ce collectif n’est pas celui de l’austérité ni du repli sur soi, mais celui de l’innovation sociale, environnementale et économique. C’est d’ailleurs un des grands succès des COP 21 et COP 22 : le débat sur le changement climatique y est ainsi devenu un débat sur le développement résilient, soutenable et durable de nos sociétés. Lutte contre le réchauffement climatique, développement durable et droits fondamentaux des peuples sont désormais compris comme étant interdépendants et indispensables. Et cela ouvre déjà des perspectives d’innovations porteuses de futur.