Tourisme durable

Si la Lycie m'était contée

22 Août 2018 - Culture / Découverte

Au sud de la Turquie, en bordure de Méditerranée, la Voie lycienne est le meilleur moyen de joindre l'antique à l'agréable. Ses 535 km de sentiers entre Fethiye et Antalya se dégustent à petites gorgées comme un vieux raki.

 
Site d'Alakilise, église de l'Ange gardien, construite au Vème et rebatie au Xème ©ChristopheMigeon
Site d'Alakilise, église de l'Ange gardien, construite au Vème siècle et rebatie au Xème siècle ©ChristopheMigeon
 
 
Balisée en 1999, la Voie lycienne qui relie Antalya à Fethiye passe par 25 sites historiques et a été classée parmi les 10 plus beaux chemins de grande randonnée par le Sunday Times. On peut en parcourir la totalité en un mois. Gîtes et pensions sont suffisamment bien répartis le long de l’itinéraire pour ne pas devoir porter son matériel de camping, mais le dénivelé cumulé par les nombreuses montées et descentes peut être important. Certains le comparent même au GR20 ! Cela démarre tranquillement du côté de Fethiye pour se corser progressivement en direction d’Antalya. Le balisage est en rouge et blanc comme nos bons vieux GR. 
 
 
Le village de Simena au bord de la Méditerranée ©ChristopheMigeon
Le village de Simena au bord de la Méditerranée ©ChristopheMigeon
 

Une passion nommée R12

 
Loin de la rumeur du monde, le village de Bagbeleni sommeille dans le pli d’une vallée virgilienne. Sous les mûriers de la place principale, des bancs de pierre sont pleins de vieillards qui savent vieillir. Des hommes aux yeux clairs, coiffés du takke — un drôle de petit bonnet en laine – conduisent des tracteurs qui devaient déjà être en service du temps d’Alexandre le Grand.
 
 
Les R12 sont choyées pour vivre le plus longtemps possible ©ChristopheMigeon
Les R12 sont choyées pour vivre le plus longtemps possible ©ChristopheMigeon
 
 
Dans la remorque, Madame se fait secouer, adossée contre un tas d’oranges. Le Turc est d’un naturel soigneux : les Renault 12, émouvants souvenirs de la France giscardienne, sont toujours les reines de la campagne anatolienne. Pimpantes et bichonnées par leur propriétaire, elles sont partout, garées le long d’un verger, d’une vigne, au milieu d’une piste empoussiérée, le coffre rempli d’une montagne de poivrons ou d’un mouton résigné. Ici, chacun élève ses poules et ses brebis, cultive son potager, prend soin de ses ruches et presse lui-même son huile.
 
 
Les ruines de Lymira, une des plus importantes cités de la ligue lycienne qui connu son apogée au IVème siècle avant J.C. ©ChristopheMigeon
Les ruines de Lymira, une des plus importantes cités de la ligue lycienne qui connu son apogée au IVème siècle avant J.C. ©ChristopheMigeon 
 
 
Le randonneur, parfois invité à se reposer sous le pampre d’une arrière-cour, se voit servir une assiette de concombres, tomates et piments doux accompagnée d’un bol d’olives. Le tout bien sûr arrosé de l’incontournable verre de thé. Le breuvage d’une belle couleur rouge rubis, ou plus exactement « tavşan kanı » — sang de lapin — est toujours servi dans ce curieux petit verre aux galbes très féminins. Sa taille fine permet au liquide de refroidir rapidement et donc de commencer à boire sans attendre. 
 
C'est qu'il reste encore un peu de chemin à faire...
 
 
Des femmes préparent le pain ©ChristopheMigeon
Des femmes préparent le pain ©ChristopheMigeon