Tourisme durable

Salton Sea et Slab City,
voyage au bout du désert californien

09 Janvier 2019 - Actualité / Découverte

Le désert de Californie au sud du parc de Joshua Tree n’est pas que sable, rocaille et plantes grasses ou desséchées. C’est aussi deux endroits incongrus : la mer intérieure de Salton Sea et la ville sans loi de Slab City à quelques kilomètres. Voyage autour d’un lac autrefois bordé de stations balnéaires et aujourd’hui en proie à une catastrophe écologique. À la découverte d’une communauté de marginaux qui a choisi de vivre à l’écart du monde sur une ancienne base de l’armée américaine.

 

 

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Dans les années 60

 

 

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Salton Sea aujourd’hui © Elisabeth Blanchet

 

 

 

Salton Sea, grandeur, décadence et désastre écologique

 

 

C’est l’histoire d’une drôle de mer, née en 1905 d’un accident d’ingénierie civile dont les conséquences sont le débordement du fleuve Colorado. Un débordement qui crée une mer intérieure dans une vallée à 71 mètres en-dessous du niveau de la mer. Dans les années 50 à 60, Salton Sea, qui s’étend sur une cinquantaine de km de long et une vingtaine de large, devient un lieu de villégiature huppé. Des stations balnéaires naissent sur les rives du lac. On y pratique pléthore d’activités : voile, ski nautique, pêche… Elvis vient même s’y produire.

 

 

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Dans les années 60

 

 

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Aujourd’hui © Elisabeth Blanchet

 

 

 

C’est aussi un paradis pour les oiseaux – plus de 400 espèces y transitent – et pour les poissons. Puis les choses se gâtent. Dans les années 70, la mer de Salton commence à baisser, la salinité augmente de manière inquiétante. On ne peut ni pêcher ni faire de bateau. Le phénomène se poursuit depuis. Les yacht clubs, les échoppes de pêche, les commerces ferment les uns après les autres. Les stations balnéaires se transforment en villes quasi-fantômes. Quelques baraques et trailers survivent, les habitants s’accrochent à leur maison malgré la situation de catastrophe écologique. En effet depuis 2017, un nouvel accord de partage des eaux du fleuve Colorado rend la situation encore plus désastreuse, accélérant la diminution d’eau dans le lac.

 

 

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Dans les années 60

 

 

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Aujourd’hui © Elisabeth Blanchet

 

 
 

 

Un décor et une ambiance évoquant l’apocalypse

 

 

La balade est surréaliste et parfois même apocalyptique. Toute vie semble en voie de disparition. On cherche des traces, des signes qui s’y raccrocheraient, en vain. Car l’écosystème et les riverains du lac sont en danger. L’odeur fétide de poissons morts de plus en plus nombreux gisant sur les rives prend à la gorge et aux tripes. Bientôt, les oiseaux prédateurs disparaîtront aussi, faute de proies. Quant aux humains, la pollution de l’air entraîne de plus en plus de cas d’asthme, de cancers du poumon et autres maladies respiratoires dans une zone où elles sont déjà quatre fois plus fréquentes que dans le reste du pays. Certains disent que l’entière vallée de Coachella risque de devenir inhabitable. Agences gouvernementales, militants écologistes et chercheurs tentent de convaincre le gouvernement californien d’agir et de débloquer des crédits. Des projets ont vu le jour, plus ou moins réalistes, comme la construction d’une large canalisation acheminant de l’eau depuis le Pacifique ou depuis la mer de Cortez, qui borde la côte mexicaine… À suivre.

 

En attendant, à la station-service qui borde la route qui longe le lac, on peut encore trouver des cartes postales d’un temps où l’on pouvait pêcher, se baigner, faire du bateau, un temps où la vie l’emportait sur la mort.

 

 

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Entrée de Slab City © Elisabeth Blanchet

 

 

 

 


Slab City, un autre visage du rêve américain

 

À une vingtaine de kilomètres au nord-est de Salton Sea, c’est un tout autre univers qui attend le voyageur curieux de lieux incongrus, celui de Slab City – également surnommée The Slabs. On découvre d’abord une colline surréaliste, recouverte de peintures aux couleurs pastels et de versets de la Bible. Il s’agit de l’œuvre de la vie d’un homme, Leonard Knight, artiste autodidacte du Vermont, qui, un beau jour de 1984, plante les roues de son camion à Slab City. Il met plus de 25 ans à construire sa montagne dédiée à son amour pour Dieu… Drôle de panneau d’accueil !

 

 

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Salvation Mountain de Leonard Knight, Slab City © Elisabeth Blanchet

 

 

Le chemin continue jusqu’aux premières caravanes, aux mobile homes et aux baraques faites de bric et de broc sur des dalles de béton de Slab City, seules traces restantes d’un camp militaire construit en 1942. L’armée l’abandonne en 1961. De plus en plus d’amoureux de la route en font leur résidence d’hiver au soleil. Certains s’y installent même pour de bon. La liberté de l’endroit convainc certains : à Slab City, on vit “off the grid” : ll n’y a ni impôts locaux, ni eau, ni électricité. On se débrouille avec des panneaux solaires et la rivière en contrebas.

 

Il n’y a pas de mairie non plus, pas d’autorité, pas de lois. La police n’y met pas les pieds. Il y a aussi des endroits pour s’amuser comme le Slab City Oasis Club, un bar-café-club, des endroits où l’on peut rencontrer des artistes, évoluer dans leur monde comme à East Jesus, un parc d’installations métalliques déjantées où des morceaux de verre, des mannequins et autres objets de récupération ornent des carcasses de voitures… Slab City est extrême, l’art aussi.

 

 

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East Jesus, Slab City © Elisabeth Blanchet

 


 

Mais on vient aussi à Slab City pour fuir quelque chose…
« Il y a ici des gens qui vivent là pour se cacher, des gens qui ont fait des trucs pas très catholiquesé », explique Frank Ross, un des plus anciens habitants de Slab City, qui mentionne aussi les « réfugiés de la récession », mis de force sur les routes suite à la crise de 2008 et les “Meth addicts”, accros à la méthadone.

 

Loin des clichés de la Californie, Salton Sea et Slab City sont des témoins d’une autre Amérique, à la fois extrême, fascinante et inquiétante.

 

 

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Slab City © Elisabeth Blanchet

 

 

Pour en savoir plus sur l’évolution de la situation à Salton Sea, consultez The Economy Compass

 

 

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