Tourisme durable

Pérou : De l'autre côté de la Montagne Arc-en-ciel

22 Mars 2017 - Culture / Découverte / Initiatives
La Montagne Vinicunca, située à 100 kilomètres au sud-est de Cusco, au Pérou, est plus connue sous le nom de Montagne Arc-en-ciel ou Montagne aux sept couleurs. Cet impressionnant spectacle de la nature, qui culmine à presque 5000 mètres d’altitude, se rajoute doucement aux itinéraires des voyageurs les plus aventureux. Quelle place pour les communautés locales dans ce récent développement touristique ?

 

Randonneur © Florie Thielin

 

De l’escalade à la randonnée

 

Roger Valencia, aujourd’hui Vice-Ministre du Tourisme au Pérou, est à l’origine de l’initiative Andean Lodges. Passionné d’escalade, il se rend régulièrement et depuis plus de 35 ans, autour du glacier sacré de l’Ausangate. Avec son ami Thomas Hendrikson, ils furent d’ailleurs les premiers à y développer un sentier d’acclimatation à l’altitude. Ils connaissent bien les communautés vivant sur place. Il y a dix ans, celles-ci ont commencé à émettre le souhait de proposer des circuits spécifiques aux randonneurs. Tandis qu’il est possible de se lancer dans l’ascension de l’Ausangate durant seulement quatre mois de l’année (de mai à août), la randonnée est, elle, possible presque tout au long de l’année (bien que plus agréable de mars à novembre).
 
 

Des populations quechuas vulnérables

 

Les communautés vivant entre les vallées transandines et les hautes terres sont aujourd’hui très vulnérables. Celles des villages d’Osefina et Chillca, bordant l’Ausangate, n’échappent hélas pas au phénomène. Habités par des populations quechuas, descendantes des Incas, elles ont longtemps survécu grâce, en particulier, à l’élevage des lamas et des alpacas. Ces grands camélidés au tempérament bien trempé ont joué un rôle très important dans l’histoire des Andes. Les lamas étaient autrefois le seul moyen de transport pour le commerce de produits entre les terres humides de l’Amazonie et les hauts sommets. Et la laine d’alpaca était très convoitée pour le tissage de textiles. Dans les années 1960, avec l’arrivée de la modernité, des routes ont étés construites et les lamas furent remplacés par les engins à moteur. Leurs prix ont alors subitement chuté, laissant leurs éleveurs sans alternative économique. Faire à nouveau travailler les lamas, c’est participer à continuer de rendre possible la vie dans les Andes pour ces peuples ancestraux.
 
 
 
Randonnée ausangate avec les communautés quechuas Iamas © Florie Thielin

 

 

Quatre auberges au-delà de 4000 mètres

 

Un grand projet est actuellement en cours pour faire reconnaître comme réserve naturelle les 126 milles hectares de l’aire de conservation régionale d’Ausangate (importante source d’eau potable pour la région). En 2006, Roger Valencia et sa petite équipe ont créé et formalisé une alliance avec les communautés locales de Chillca et Osefina. Quatre auberges, très confortables, furent construites à l’issue de cinq années de travail communautaire. Construire à une telle altitude prend beaucoup de temps car, en plus de l’accès difficile, le sol gèle généralement la nuit. La construction n’était possible que pendant trois mois par an. Située à 4860 mètres d´altitude, à la même altitude que le Mont Blanc, une de ces auberges fait partie des plus hauts lodges du monde.
 
 
 
Lodge © Florie Thielin

 

 
Une initiative touristique pensée avec les communautés
 
 
Les deux communautés quechuas font partie du comité de direction de l’entreprise dont elles possèdent 20% des parts. Elles peuvent ainsi participer aux prises de décision stratégique de l’entreprise, telles que le montant des salaires pour ceux accompagnant les randonneurs et travaillant dans les auberges. Un droit d’accès est aussi demandé à chaque voyageur empruntant les sentiers. Par décision collective, les bénéfices générés à la fin de l´année par l´activité touristique sont alors réinvestis dans des activités productives pour la communauté telles que l´éducation ou la formation.
 
Plusieurs programmes (entre 2 et 10 jours) sont proposés par Andean Lodges au voyageur: randonnée, escalade, vélo, volontariat… Les voyageurs retracent, pendant quelques jours, les sentiers millénnaires tracés par les éleveurs de lamas sur des terres presque vierges, une expérience exclusive en immersion au cœur des majestueuses montagnes de la Cordillère et de la culture andine (vidéo).
 
La Montagne Arc-En-Ciel n’a pas fini de faire parler d’elle. Espérons que le développement du tourisme y continuera sur le modèle d’Andean Lodges : en intégrant les populations locales et dans le plus grand respect de cet incroyable environnement naturel.