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Tourisme durable

Le tourisme de masse est-il compatible avec le développement durable ?

24 Juillet 2017 - Actualité / Evénement

Lors du dernier, et premier, Festival International du Tourisme (FIT) qui avait pour thème « Développement durable et Mondialisation du tourisme », Céline Barthon, géographe et chercheure enseignante à l’Université d’Angers, s’est interrogée sur la compatibilité entre tourisme de masse et développement durable. Ce fut l’occasion de revenir sur les origines et l’évolution du tourisme dans l’Histoire, les enjeux pour demain, et d’évoquer quelques exemples éloquents à l’image de l’île de Ré qui illustre la vulnérabilité du littoral face à une pression humaine de plus en plus forte.

 

Sentier de la presqu'îleSur les sentiers côtiers de la presqu'île, avec les ânes d'Océ âne

 

 

Repenser le tourisme


S’il représente un secteur économique significatif, le tourisme n’est pas neutre. II remodèle les espaces qu’il explore, les contraint parfois, provoquant un impact réel sur les sites et paysages existants.

 

Depuis des années, fort de ce constat,  le tourisme durable tente de réduire ces effets de masse sur l’environnement et réfléchit à concilier croissance touristique et développement durable. Les enjeux sont nombreux, et Céline Barthon retient, entre autres, l’importance d’une gouvernance transversale et multi-acteurs dans la gestion et l’aménagement des territoires.

 

L’idée, définir des objectifs communs qui évitent les effets pervers que l’on connaît : pression sur les sites, recul du littoral, pollutions diverses, etc. Autre point souligné, le tourisme ne doit pas tomber dans le piège de la mono-activité mais rester un levier de développement pour les territoires.

 

Enfin, la question des  transports reste primordiale, d’autant qu’elle se complexifie avec l’éloignement (5% des gaz à effet de serre sont émis par les déplacements touristiques), il faut donc tenter d’imaginer de nouvelles façons de voyager et diversifier les propositions.

 

  

 


L’exemple de l’île de Ré


Force est de constater que le risque climatique n’est plus un simple postulat théorique. Avec l’augmentation du niveau de la mer et l’intensification des activités humaines, la pression sur le littoral est de plus en plus forte.

 

Pour ce qui est du littoral français, 10% de la population est concernée sur 4% du territoire, avec un doublement de fréquentation en période saisonnière. Le risque d’érosion est alors tangible et par effet boule de neige, l’ensemble du territoire devient vulnérable.

 

Ayant réalisé une thèse de doctorat en Géographie sur l’identité insulaire charentaise à partir des exemples des îles de Ré et d’Oléron, Céline Barthon est particulièrement au fait de cette problématique.

 

Sur l’île de Ré, un tiers du territoire risque de se retrouver sous le niveau de la mer d’après le nouveau Plan de Prévention des Risques Naturels de 2014. Un risque qui impacterait près d’un quart de surface du nord de l’île avec d’importantes conséquences sur l’immobilier et les activités de l’île : 13 000 propriétaires concernés, beaucoup de résidences secondaires ou de tourisme, de nombreux bâtiments, etc.

 

 

Saint Martin de Ré 

 

 

 

Toutefois, ce constat d’un territoire en danger et d’un avenir touristique remis en cause n’a pas été sans résistances ni émois parmi la population locale. Après la publication du nouveau Plan de Prévention des Risques Naturels, une résistance s’est organisée au sein des habitants et des élus locaux (notamment la communauté de communes) pour dénoncer une surévaluation des risques, entre autres dûe au traumatisme causé par Xynthia.

 

Pour de nombreux Rhétais, les nouvelles cartes d’aléas de submersion sont exagérées et injustes et ne prennent ni en compte les digues, ni les ouvrages de défense des côtes réalisés par les anciens, ni ceux qui ont été reconstruits après Xynthia. La peur d’une île en perte de vie, de commerce et d’avenir est palpable. Un exemple parmi bien d’autres pour montrer toute l’interdépendance entre climat, activités touristiques et territoire.

 


Le cas de la Baie de Somme


Autre exemple exposé par Céline Barthon, la Baie de Somme qui voit les groupes de touristes affluer toujours plus nombreux. Guide naturaliste sur place, Thomas s’interroge sur ces flux toujours plus importants et se demande jusqu’où cela va aller : « Ici, beaucoup de personnes ont peur pour leur qualité de vie. On se pose la question du seuil de rupture. »

 

 

Le Crotoy en Baie de Somme
Le Crotoy en Baie de Somme

 

 

 

Symptomatique des sites naturels très fréquentés, cette question du seuil de rupture est légitime mais parfois paradoxale quand les habitants n’arguent pas tant de la protection d’une faune ou d’une flore fragile que de la peur de voir gâcher leur cadre de vie. Or le tourisme, bien structuré, concerté, peut justement être un facteur améliorant du cadre de vie. Céline Barthon nous fait donc entrevoir là un autre aspect de la problématique, celle de la concurrence réelle pour l’accès à l’espace, et les tensions qui peuvent naître entre différents types d’usagers, extérieurs ou locaux.

 

En guise de conclusion, il est important de rappeler l’importance de la concertation et d’une vraie vision politique pour intégrer tous les acteurs à la gouvernance de territoires complexes. L’enjeu étant de trouver un juste milieu entre l’île-musée ou site-conservatoire et la réappropriation locale de l’espace.  Le tourisme possède, de par sa transversalité, le pouvoir de faire échanger ensemble tous les acteurs du territoire. Des mesures sont aussi à inventer chaque jour pour s’adapter à un monde qui bouge et à un climat qui met de plus en plus au défi les terres les plus fragiles, aux avant-postes des nouveaux défis du développement durable.

 

 

 

Baie de Somme
Immersion dans la douceur des paysages de la Baie de Somme

 

 


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- Festival International du Tourisme 2017