Tourisme durable

Jean-Luc Gantheil, l’homme qui voulait changer les voyages

08 Janvier 2018 - Entretien / Portrait
Pour avoir connu dans sa jeunesse la formidable hospitalité des Touaregs, Jean-Luc Gantheil organise depuis 20 ans dans une dizaine de pays du monde des voyages centrés sur la rencontre avec les populations et la solidarité. Ayant, en chemin, inventé le tourisme équitable et construit quelques dizaines d’écoles et dispensaires, il explique n’être motivé que par un seul et unique but : « transformer ceux qui partent par la force et la magie des rencontres humaines ».

 

En 1974, âgé de 20 ans, Jean-Luc Gantheil s’élance à l’assaut du Sahara au volant d’une 4L refaite pour l’occasion. C’est son grand rêve depuis toujours, lui qui, enfant, n’ouvrait d’autres livres que… des atlas. Petits boulots d’été après petits boulots d’été, il a économisé. Et puis ça y est, c’est le grand départ.
 

 

Jean-Luc Gantheil traverse le Sahara avec sa 4L en 1974 ©J-LGantheil
À l'assaut du Sahara en 4L ! ©J-L Gantheil - 1974

 

 

Découverte !

 
À 60 km au sud de Tamanrasset, en plein désert, problème mécanique. En attendant que l’unique garagiste du coin puisse jeter un œil à sa monture, Jean-Luc accepte l’invitation d’un vieux touareg, Krouffa, à aller passer la nuit dans son campement. Il n’en repartira que… six mois plus tard !
 


 

Krouffa, touareg du Hoggar algérien de la vallée de Toufadet en 1998 ©J-LGantheil
Krouffa, touareg du Hoggar algérien de la vallée de Toufadet en 1998 ©J-LGantheil

 

 

« J’étais tombé amoureux d’une jeune nomade, explique-t-il. Durant ces six mois, j’ai tout fait pour qu’elle devienne ma femme : achat de chèvres, de chameaux, etc. Mais non, rien à faire, la jeune fille était promise à quelqu’un d’autre et rien ne pouvait changer cela. "Mektoub" comme on dit là-bas : le destin ».
 
Le cœur gros mais l’âme toujours aussi légère, le jeune homme reprend son périple : Niger puis Mali, abandon du véhicule pour être plus « mobile » encore et poursuite du périple africain durant une année.
 
À son retour en France, Jean-Luc enchaîne les petits boulots avant d’acheter, avec celle qui deviendra sa femme, une vieille grange sur le Causse du Lot où tous deux se lancent dans l’agriculture biologique. Futur pionnier du Développement Durable, il l’est déjà d’une agriculture plus respectueuse et se rapproche à l’époque de Pierre Rabhi dont il deviendra vite ami et collaborateur.
 
 
 
Jean-Luc Gantheil à Dakar en 1974 ©J-LGantheil
Jean-Luc Gantheil à Dakar en 1974 ©J-LGantheil

 

 
Puis le couple ouvre un magasin de produits bio à Lourdes où la femme de Jean-Luc, animatrice de formation, crée l’association Croq’Nature pour organiser des séjours pour enfants où l’on mange 100% bio. Mais pas que ! Entre virées en roulottes, expéditions dans la nature et cirque amateur, ce sont 10 formidables années à ouvrir les jeunes esprits. Pas étonnant que de nombreux parents d’enfants deviennent des amis. Ce qui fait qu’en 1998, Jean-Luc propose justement à ces amis de leur faire découvrir « un endroit exceptionnel » …
 
 
 

Des petits aux grands…

 
 
Krouffa est toujours là, il les accueille et les emmène pour une randonnée d’une dizaine de jours. À la fin, chaque participant lui laissera, en sus du prix du séjour, l’équivalent de 200 € pour qu’il puisse refaire son puits. Le voyage plaît tellement qu’il faut recommencer l’année suivante. Seulement voilà, entretemps le bouche à oreille a joué et cela fait bien trop de monde pour un seul voyage. C’est ainsi que des enfants, Croq’Nature va se mettre à faire partir leurs parents, et puis bien d’autres – 19 000 personnes depuis sa création.
 
 
 
À Madagascar avec Croq'Nature ©J-LGantheil
Madagascar avec Croq'Nature 

 

 

« Durant 12 ans, explique Jean-Luc Gantheil, nous n’avons emmené les gens qu’en Afrique saharienne jusqu’à ce que en 2012, le djihad nous en chasse et nous pousse vers d’autres pays : Vietnam, Ethiopie, Madagascar, Ouzbékistan… Mais le principe reste le même : faire rencontrer à des gens ouverts d’esprit des locaux à la fois accueillants ET intéressants. Car plus que de l’hébergement chez l’habitant, il s’agit de partager leur vie. Raison pour laquelle je connais personnellement pour l’avoir choisie chaque famille chez qui nos voyageurs descendent. Voyageurs auxquels elles font découvrir des endroits où aucun touriste ne se rend. Car mon but caché, assez souvent atteint finalement, c’est que les voyageurs reviennent de là transformés, impactés par la puissante humanité de ce qu’ils ont vécu ».
 
 
 
Au Tchad
Au Tchad

 

 

Solidarnosc !

 
 
Il y a toujours un double objectif dans les voyages Croq’Nature : la rencontre humaine et la solidarité. Une partie du prix du voyage étant consacrée à un projet de développement local. Soit 1,2 million d’euros investis à ce jour ! 12 écoles, 3 dispensaires, des pensionnats ou coopératives alimentaires, des puits par dizaines ! Et de la suite dans les idées : « On ne peut plus emmener les gens dans certains pays d’Afrique, mais pas question de les lâcher, sans notre aide, les écoles fermeraient sinon. Alors, on prend sur les autres voyages ».
Croq’Nature emmène ainsi un peu plus de 500 personnes chaque année sur des voyages-rencontres coûtant de 2000 à 2500 € - jusqu’à 1500 personnes durant les années Sahara. D’où une clientèle d’une petite soixantaine d’années d’âge moyen : « les jeunes se débrouillent tout seuls, comme je l’ai fait ».
 

 

En Mongolie
En Mongolie


 

Chaque année, les familles d’accueil hébergent environ une quarantaine de personnes, c’est suffisant pour améliorer vraiment leur vie mais sans la dénaturer. « Notre seul but est d’équilibrer notre budget en aidant les uns d’un côté et en faisant vivre des événements humains très forts de l’autre. Tout le monde en sort grandi et valorisé. Et cela génère des histoires formidables. Il y a, en ce moment, dans le service d’anesthésie de l’hôpital de Vierzon, un jeune Touareg, en stage, qui fut l’élève de la première classe de notre toute première école, ouverte au Mali. Arrivé jusque-là grâce à une superbe chaîne d’amitié, il repartira bientôt ouvrir une clinique à Gao, chez lui ».  
 
 
 

Pionniers...

 
 
Pas étonnant d’apprendre qu’en chemin, Jean-Luc Gantheil et ses amis ont rédigé la première charte pour un tourisme équitable, incluant une transparence absolue des comptes au centime près - seuls deux voyagistes français dont Croq’Nature s’y plient.  Pas étonnant non plus d’apprendre qu’en chemin Jean-Luc Gantheil a accompagné Pierre Rabhi en divers endroits pour l’aider à monter des écoles d’agriculture bio. Entre autres faits d’arme… Et l’aventure continue !
 
 
 
Jean-Luc Gantheil aujourd'hui
Jean-Luc Gantheil aujourd'hui

 

 
TÉMOIGNAGE
 
Parc National du Simien en Éthiopie ©J-LGantheil
Parc National du Simien en Éthiopie ©J-LGantheil
"Nous sommes rentrées d’Éthiopie depuis une semaine et pourtant nous sommes encore là-bas. Nous avons voyagé du sud au nord en avion, mini-bus, charette, moto, bateau, au plus près des villageois, avons été invitées à déguster leur café, leur galette fermentée et avons échangé nos fruits secs dans des petites huttes au confort plus que sommaire mais où les échanges ont été sincères. Nous n’oublierons pas nos rencontres chez Alex, le rasta, chez Bérénice dans son école-hôpital pour enfants séropositifs et toute l’énergie de son équipe. Nous n’oublierons pas la rencontre avec les jeunes artistes du cirque Feycat à Addis et la fougue du spectacle qu’ils nous ont proposé. Nous n’oublierons pas la saveur de l’ingera partagée tous ensemble. Nous n’oublierons pas la beauté des fresques des églises orthodoxes qu’elles soient petites ou grandes. Nous n’oublierons pas la couleur des champs de céréales en pleine moisson – nous étions à la « saison dorée » et ce fut un voyage magique !" 
                                                                                                                                                                 
                 Josy et Cathy, Éthiopie, 2017
 
 

 

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