Tourisme durable

Islay, Jura : whisky, nature, vieilles pierres et fantômes au cœur des Hébrides

25 Juin 2018 - Culture / Découverte / Patrimoine / Récit

L’Écosse est truffée d’îles, plus fascinantes les unes que les autres mais il y en a une ou plutôt deux qui méritent que l’on s’y aventure sans modération : Islay - surnommée la Reine des Hébrides - et sa voisine, sauvage et lunaire, Jura, au cœur des Hébrides Intérieures. Dans une nature grandiose, au milieu de ruines, de fantômes et d’animaux comme les cerfs rouges, les aigles royaux et les phoques qui dépassent largement le nombre d’habitants, vous allez tomber amoureux de ces deux îles qui sont aussi le berceau des meilleurs whiskies écossais. Petit guide historique, géographique, surnaturel et un tantinet éthylique.

 

Entre Islay et Jura ©ElisabethBlanchet
Entre Islay et Jura ©ElisabethBlanchet

 

Whisky, Gin et distilleries bios

 
Islay, c’est l’île des whiskies. On y compte douze distilleries et des rumeurs bien fondées disent que deux de plus risquent d’ouvrir leurs cuves d’ici 2020. Bref, le whisky est un business qui marche sur Islay ainsi que sur Jura, qui compte sa propre distillerie de whisky mais aussi de Gin pour à peine 200 habitants ! À moins d’être un(e) passionné(e), limitez-vous à la visite d’une ou deux distilleries.
 
 
 
Un des habitants d'Islay ©ElisabethBlanchet
Un des habitants d'Islay ©ElisabethBlanchet
 
 
Sur Islay, celle de Bruichladdich - rachetée en 2012 par le groupe Rémy Cointreau - a le mérite d’utiliser de l’orge bio. Elle est aussi l’une des seules à réaliser l’embouteillage du breuvage sur place. Elle est d’ailleurs connue pour le design de ses bouteilles qui ont plutôt le look de flacons de shampoing de luxe avec leur forme cylindrique et leur couleur turquoise… Ce qui n’empêche pas à l’entreprise Bruichladdich d’offrir une gamme de whiskies tourbés excellents.
 
 
 
La distillerie bio de Bruichladdich ©ElisabethBlanchet
La distillerie bio de Bruichladdich ©ElisabethBlanchet
 
 
Sur Jura, ne manquez pas la visite de l’unique distillerie de l’île, à Craighouse. C’est un jeune passionné de Glasgow, Adam, qui s’occupe des visites - 10 GBP, dégustation incluse.
 
 
 
Adam, guide de la distillerie de Jura ©ElisabethBlanchet
Adam, guide de la distillerie de Jura ©ElisabethBlanchet
 
 
Accrochez-vous à son accent typiquement glasvégien et n’hésitez pas à lui demander de ralentir son débit de paroles ! Il vous apprendra mille et une choses sur les étapes de la fabrication du whisky, celui de Jura ayant la particularité d’utiliser l’eau pure qui descend directement de ses montagnes - et oui ! Ce Jura-là a aussi des montagnes appelées Paps of Jura, précisément trois, qui culminent à 785 m d’altitude. Puis la visite se termine par une dégustation de différents types de Juras, aux noms tous très spirituels : du Prophecy au Superstition, difficile de choisir.
 
 
 
Paps of Jura ©ElisabethBlanchet
Paps of Jura ©ElisabethBlanchet
 
 
Mais les distilleries ne sont pas les seuls lieux où s’enivrer du fameux "spirit" écossais ! Les bons vieux pubs ne manquent pas et chacun propose une carte extrêmement bien fournie. Attention toutefois aux prix : un petit verre de whisky peut varier du simple au quintuple. Pour éviter les touristes du whisky - et les pubs sur leur route, visez un bon vieux pub local comme le Ardview Inn à Port Ellen.
 
 
 
Ardview Inn à Port Ellen, Janice la barmaid ©ElisabethBlanchet
Ardview Inn à Port Ellen, Janice la barmaid ©ElisabethBlanchet
 
 
La barmaid, Janice, est fort sympathique ainsi que les réguliers qui, après un ou deux verres, vous raconteront tout un tas de choses sur Islay et tout particulièrement sur ses « spirits ». D’ailleurs, le Ardview Inn serait hanté ! 
 
De là, où je suis derrière le bar, je le vois régulièrement passer furtivement dans le fond de la pièce, surtout quand le pub est vide“, raconte Janice en souriant mais avec un frisson dans le dos… D’après les locaux, il s’agirait de l’ancien patron qui aurait du mal à couper avec ce lieu où il a perdu la vie dans des conditions dramatiques.
 
 

Vieilles pierres, fantômes et animaux

 
À propos de fantômes, Islay et Jura ne font pas exception à la règle écossaise. Pourquoi ne pas découvrir la Reine des Hébrides et sa splendide voisine en s’aventurant à la chasse aux fantômes ? Par où commencer ? Au pub bien sûr, où les langues se délient très facilement pour évoquer les esprits, leurs histoires et les endroits énigmatiques, souvent magnifiques d’où ils ont du mal à partir ! Commencez tout simplement par les alentours de la distillerie de Bowmore, “capitale“ d’Islay : vous risquez de voir passer la nuit un chevalier sans tête !
 
 
 
Distillerie de Bowmore ©ElisabethBlanchet
Distillerie de Bowmore ©ElisabethBlanchet
 
 
Pour vous remettre, allez faire un tour dans la superbe baie de Saligo. La plage de sable fin qui s’étale sur des kilomètres est magnifique et déserte avec pour pensionnaire permanent l’épave d’un vieux bateau en bois.
 
 
 
Épave sur la plage de la baie de Saligo ©ElisabethBlanchet
Épave sur la plage de la baie de Saligo ©ElisabethBlanchet
 
 
Derrière les dunes, sur une des collines qui surplombe la mer, trône une église en ruines, entourée de tombes marquées de symboles de pirates.
 
 
 
Tombe de pirate ©ElisabethBlanchet
Tombe de pirate ©ElisabethBlanchet
 
 
Abandonnée depuis une quarantaine d’années, seuls des corbeaux ont élu domicile sur le clocher mais attention : la nuit, une silhouette, celle du dernier révérend en poste, pourrait s’amuser à circuler entre les tombes. C’est en effet dans ce cimetière qu’il s’est tiré une balle dans la tête dans les années 70. Depuis, personne n’a voulu reprendre le flambeau de la paroisse, du fait de ce maître des lieux un peu trop présent…
 
 
 
L'église du révérend suicidé ©ElisabethBlanchet
L'église du révérend suicidé ©ElisabethBlanchet
 
 
Et il y a aussi la vieille directrice de l’école de Jura, qui n’a jamais non plus quitté son établissement depuis plus d’un siècle… On peut l’apercevoir parfois à la fenêtre du troisième étage de l’ancienne école qui jouxte la distillerie. Une bonne excuse pour se remettre en allant boire une pinte ou encore un whisky au seul pub de Jura, juste en face !
 
 
 
La distillerie de Jura et la maison de la directrice fantôme ©ElisabethBlanchet
La distillerie de Jura et la maison de la directrice fantôme ©ElisabethBlanchet
 
 
Et si vous n’êtes pas rassasié d’histoires de fantômes, tendez l’oreille, on vous en racontera bien d’autres. Profitez de votre passage au pub pour manger. On y déguste d’excellents plats, une cuisine bio et innovante avec des produits locaux. Le pub de Port Charlotte sur Islay est aussi une très bonne autre adresse culinaire.
 
 
 
Paon errant ©ElisabethBlanchet
Paon errant ©ElisabethBlanchet
 
 
Retour avec les vivants et découverte de pléthore d’espèces animales et végétales. Les deux îles regorgent d’une faune et d’une flore exceptionnelles. Sur Jura, plus de 5 000 cerfs rouges se baladent en toute liberté. Baladez-vous sur les plages à la tombée de la nuit, vous les verrez manger tranquillement des algues. Levez les yeux, vous verrez planer des aigles royaux. Pour ceux qui aiment voir les phoques se dandiner sur les rochers et faire bronzette quand il y a du soleil, allez du côté de Port Ellen sur Islay, à quelques kilomètres au nord de la ville juste après la distillerie de Lagavullin. Un peu plus loin sur la même route, roulez doucement car des paons ont pris l’habitude de se prélasser tranquillement au milieu de la voie !
 
 
 
Distillerie de Lagavullin ©ElisabethBlanchet
Distillerie de Lagavullin ©ElisabethBlanchet
 
 

Des clans écossais à George Orwell en passant par un grand tourbillon !

 
Enfin, on vient aussi à Islay et à Jura pour les ruines, les châteaux, les vieilles pierres, l’histoire des clans écossais. C’est celui des MacDonald qui régna sur Islay au Moyen-Âge. Pour sentir l’énergie de la puissance de ses chefs, allez faire un tour au site de Finlaggan : le château où plutôt ce qu’il en reste se situe sur une petite île au milieu d’un loch où l’on peut se rendre à pied, à condition de s’armer de bottes en caoutchouc. Les amateurs d’histoire plus récente, de coutumes et de traditions se régaleront au Museum of Islay Life à Port Charlotte.
 
 
 
Le chemin vers la maison de George Orwell ©ElisabethBlanchet
Le chemin vers la maison de George Orwell ©ElisabethBlanchet
 
 
Quant à la petite histoire, finissez votre tour à Islay par Jura. Roulez jusqu’au bout de l’unique route de l’île, vers le nord. Poursuivez votre chemin à pied. Les voitures y sont interdites. Dans une nature vallonnée d’herbes ocres et spongieuses, comme coiffées par le vent, vous traverserez des petits ponts de pierre sous lesquels coulent des ruisseaux déchaînés. Sous un ciel constamment changeant, on ne se lasse jamais de la vue permanente sur la mer, parsemée d’une multitude d’îlots…
 
 
 
La maison où George Orwell a écrit 1984 ©ElisabethBlanchet
La maison où George Orwell a écrit 1984 ©ElisabethBlanchet
 
 
Au bout de six ou sept kilomètres, une belle maison blanche, au fond d’un vallon, orientée vers la mer vous fera un appel du pied. Inhabitée aujourd’hui - on peut la louer l’été pour la modique somme de 1000 GBP par semaine -, elle fut de 1946 à 1948 le lieu où George Orwell écrivit son chef d’œuvre 1984. Ressourcé et inspiré par cette belle découverte, continuez vers le nord sur trois ou quatre kilomètres, vous tomberez nez à nez avec l’un des plus grands tourbillons du monde. Si les conditions météorologiques sont favorables, vous pourrez même voir des vagues verticales !
 
 
 
et les whiskies... ©ElisabethBlanchet
et les whiskies... ©ElisabethBlanchet
 
 
Pour se rendre à Islay, il existe des vols directs depuis Glasgow et Edimbourg. En bateau, vous pouvez prendre le ferry de Kennacraig ou Kintyre en Écosse continentale. 
 

 

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