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Foresterie analogue : quand la biodiversité devient un projet humain

14 Août 2017 - Actualité / Initiatives / Préservation / Labels

Défenseur de la biodiversité, le docteur sri-lankais Ranil Senanayake a inventé une méthode de reforestation qui respecte les interactions entre les espèces. Ce faisant, elle permet aux fermiers et habitants de contrées reculées de subvenir à leurs besoins. Cette méthode s’appelle la foresterie analogue et se diffuse à l’échelle planétaire.

 
 
Pour restaurer les territoires qui ont souffert de déforestation, pourquoi ne pas s’inspirer de la forêt elle-même ? C’est l’idée qu’a eue Ranil Senanayake, herpétologiste (spécialiste des rampants) et docteur en écologie des systèmes, dans les années 1980. Alors qu’il appartient au gouvernement sri-lankais de l’époque, l’État prône la plantation intensive de pins et d’eucalyptus en guise de programme de reforestation. Le docteur essaie de mettre en avant les bénéfices de la biodiversité, mais ne parvient pas à convaincre. Il démissionne pour mener sa propre expérience. 
 
 
 
Belipola, au Sri Lanka, est le centre où le concept de foresterie analogue a été développé
Belipola, au Sri Lanka, est le centre où le concept de foresterie analogue a été développé

 

 

 
Objectif : montrer l’intérêt d’une forêt diversifiée pour l’environnement mais aussi pour l’agriculture et les populations environnantes.
Après avoir racheté une plantation de thé en ruine à Belipola, dans les montagnes du Sri Lanka, il planifie un système nouveau. Il s’inspire des puranagama, des vieux villages traditionnels sri-lankais. 
 
« Les lézards et grenouilles étaient en train de disparaître, raconte-t-il. Je me suis rendu compte que les seuls endroits où il en existait encore, c’était dans ces lieux, où on laisse les arbres s’épanouir largement. » 
 
En observant ces terrains, il comprend que la structure globale et la fonction de chaque végétal permettaient la création d’un équilibre.
 
 
 
Les différentes espèces indigènes et exotiques
La foresterie analogue mélange espèces indigènes et exotiques 

 

 

Apparition de nouvelles espèces

 
La méthode qu’il établit alors s’inspire de cette observation. Il s’agit d’analyser la composition du sol en fonction de l’altitude, parcelle de terrain par parcelle de terrain, à l’aide d’une grille répertoriant les espèces constituant la végétation. En parallèle, il faut étudier la composition de la forêt primaire dans un contexte similaire. Sont prises en compte la structure architecturale et la fonction écologique du lieu. 
 
« Il faut comparer ensuite ce qui se trouve dans le terrain à travailler et ce qui compose la forêt primaire dans les mêmes conditions environnementales », détaille-t-il. Le principe de base consiste à replanter les espèces selon le « cahier des charges » naturel ainsi établi, d’où le terme « analogue ».
 
« Il faut commencer par les arbres qui constitueront la canopée pour qu’ils procurent l’ombrage nécessaire aux végétaux des autres strates de la forêt. Puis, au fur et à mesure qu’ils se développent, on plante les arbustes, grimpantes et herbacés. » 
 
En suivant ces principes, le terrain voit réapparaître de nouvelles espèces de reptiles, d’oiseaux et d’amphibiens au bout de cinq à six ans. 
 
« Doucement, la forêt mûrit, explique le docteur. Neuf à dix ans plus tard, vous voyez des espèces que vous n’aviez jamais observées sur place auparavant. La nature commence à prendre le dessus, il ne reste plus qu’à l’aider, en la comprenant. »
 
 
 
Les employés de Guayapi Lanka développent les futurs arbres de la forêt-jardin dans des pépinières
Les employés de Guayapi Lanka développent les futurs arbres de la forêt-jardin dans des pépinières

 

 

Cultures de haute valeur

 
Néanmoins, il ne s’agit pas uniquement de copier la nature dans le moindre détail. Ranil Senanayake veut que cette initiative concilie le respect de l’environnement aux besoins des hommes. La méthode prend en compte les espèces endémiques mais incorpore aussi des espèces nouvelles et exotiques qui ont une utilité pour l’agriculture ou tout autre besoin humain. Elles devront simplement remplir les fonctions écologiques exigées par le cahier des charges. 
 
« Les forêts analogues sont capables de répondre aux besoins extractifs de la population locale, comme le bois de chauffage, le fourrage, les fruits, les noix, les matériaux de construction, les médicaments et leur fournit des revenus grâce à des cultures de subsistance et commerciales cultivées dans la forêt » explique par exemple un document* diffusé sur le site du réseau international de foresterie analogue (IAFN - International Analog Forestry Network), créé par Ranil Senanayake. 
 
Le système peut inclure des cultures de haute valeur comme le café, le thé, le gingembre, le poivre, la noix de muscade, la mangue… 
 
« La diversité des cultures contenues dans les parcelles de forêts analogues réduit la vulnérabilité de la communauté, la dépendance d’un seul produit et les risques qui l’associent, en fonction des limites du marché, de la propagation des maladies, des périodes de récolte, etc. »
 
 
 
Showcase parisien de Guayapi avec Claudie Ravel et Ranil Senanayake
Claudie Ravel, à gauche, et Ranil Senanayake, deuxième à droite, dans le Showcase parisien de Guayapi

 

 

 
Une méthode appliquée dans 20 pays
 
 
Le lieu d’expérimentation initial est devenu aujourd’hui un centre éducatif pour initier à la foresterie analogue et à l’agriculture écologique. Selon Ranil Senanayake, la méthode peut être utilisée sur n’importe quel type d’écosystème, qu’il soit tropical ou tempéré. Il faudra seulement adapter les principes de base à chaque situation locale. 
 
Par exemple, c’est de cette expérience que s’est inspirée la Française Claudie Ravel, qui a lancé l’entité sri-lankaise de Guayapi (une entreprise d’importation de produits nobles et bio issus de la cueillette. Suivant le conseil du docteur, la forêt-jardin de Guayapi Lanka a aussi été reconstituée sur une plantation de thé abandonnée. Elle sert aujourd’hui de lieu de production naturelle pour l’entreprise et de site écotouristique.
 
Des exemples ont émergé ailleurs en Asie, mais aussi en Amérique latine, en Afrique ou encore en Australie sous l’impulsion du réseau, qui siège désormais au Costa Rica. Ranil Senanayake en a quitté la présidence quelques années plus tôt. Aujourd’hui, l’IAFN est représenté dans plus de 20 pays. Un label (FGP - Forest Garden Product) a été créé pour certifier les produits issus des forêts-jardins respectant les critères définis par le réseau.
 
* Forest Garden Products, Certification, Setting standards for ecological restoration and biodiversity, Lorena Gamboa et Maaike Hendriks.
 
 
 
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• Le site de l’IAFN

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