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Tourisme durable

FITS : quand le tourisme se fait solidaire…

21 Août 2017 - Actualité / Culture / Initiatives / Evénement

Le 7ème sommet du Forum International du Tourisme Solidaire (FITS) vient de s’achever en Tunisie. Un événement original jusque dans sa conception. Son but ? Valoriser et développer un tourisme alternatif de territoire, maîtrisé par les populations locales. Une appréciable bouffée d’humanité et d’espoir…

 

 

Campagne tunisienne
Paysage de campagne tunisienne

 

 

Cela se passe au FITS et nulle part ailleurs : dans un petit village berbère proche de Tataouine, dans le sud tunisien, trois jeunes femmes essaient de créer une petite activité touristique autour des peintures rupestres locales. Elles s’approchent de la quinzaine de participants de la caravane pour leur tendre un plateau de pâtisseries confectionnées pour eux. Accueil berbère traditionnel oblige.

 

Puis chacun des participants prend la parole et s’adresse à elles pour leur parler de ce qu’il fait. Il y a là Zoran, propriétaire croate d’une ferme-auberge qui leur dit l’importance de conserver une activité principale, détachée du tourisme.

 

Il y a aussi Abdéramane, le producteur d’huile, propriétaire d’une maison d’hôte en Kabylie, Brigitte, la fondatrice du TO solidaire « Au cœur des peuples » ou encore Sacha, président du réseau de l’Accueil Paysan russe, Lanto, en charge du tourisme solidaire à l’Office du Tourisme de Madagascar et Amhaouch. C’est aussi le créateur d’un écogite et d’éco-randonnées dans le sud marocain.

 

Autant de gens investis à divers niveaux dans un tourisme durable, responsable, solidaire et possédant tous une solide expérience du terrain.


 
Trois Indiens dans la ville !

 


Le FITS, qui réunissait cette année quelques 140 participants à Zarzis, non loin de Djerba, est tout sauf un de ces raouts mondains où l’on vient pour parler et se montrer. On est là pour découvrir, partager des solutions et… donner un coup de main !

 

Au départ, il y a 15 ans, c’est pour répondre à la demande précise et ponctuelle de femmes organisées en coopérative et néanmoins durement exploitées, que Jean-Marie Collombon, alors chef de mission en Mauritanie pour le CIRAD (Centre International de Recherche Agronomique pour le Développement), se met en quête de solutions concrètes de développement contenant une part de tourisme.

 

Il en identifie tellement qu’il se dit vite qu’il faut absolument faire se rencontrer tous ces acteurs éparpillés. Pour échanger les bonnes pratiques, se fédérer, valoriser ces diverses formes d’un tourisme alternatif et solidaire, les faire connaître et, si possible, être soutenu par les institutions.

 

 

 

Patrimoine local
Les participants à la découverte du patrimoine et des acteurs locaux

 


Dès l’organisation du 1er FITS, en région PACA, en 2003, Jean-Marie Collombon fait donc venir trois chefs de petits villages qui ne sont jamais sortis de leur Amazonie bolivienne.

 

À leur arrivée en France, yeux écarquillés, ils se mêlent à l’une des toutes premières « caravanes » organisées par le FITS (ces visites qui conduisent les participants « sur le terrain », un incontournable).

 

Là, dans le Queyras, nos trois Indiens dans la ville découvrent toutes les formes qu’a pris le tourisme alternatif local : celui des fermes auberges, des chambres d’hôtes et des petites structures individuelles.

 

À leur retour, forts de ce qu’ils ont découvert, les trois émissaires indiens créent l’Association du Tourisme Alternatif de Bolivie et initient une dynamique qui, depuis, a fédéré des centaines de petites structures. Naturellement, ils restent en contact avec tous les autres participant et à leur tour, ils racontent, témoignent, encouragent…

 


 
Engagez-vous !



« Car de tous les maux, l’isolement est le plus terrible » explique Jean-Marie Collombon qui, avec le temps, au fil des 5 ou 6 forums organisés, devenus essentiellement régionaux (Amérique latine, Méditerranée, etc. pour des raisons de budget), a aggloméré un noyau dur de 400 référents, eux-mêmes en contact avec quelque 4000 petits acteurs locaux dans 77 pays. Malheureusement, seul le FITS organisé au Chiapas (Mexique) en 2006 aura à ce jour atteint le « but ultime » que s’étaient fixé ses organisateurs : « sensibiliser et impliquer les institutions au plus haut niveau étatique ».

 

Depuis ce rendez-vous, en effet, le continent latino-américain a pris en marche le train du tourisme alternatif, territorial et solidaire pour en devenir, avec le Maroc, l’un des chefs de file. Le Mexique lui consacre 5 millions de dollars par an. La Bolivie et l’Equateur l’ont intégré officiellement dans leur politique touristique et le Pérou comme le Costa Rica l’encouragent également.


Ailleurs ?... « C’est beaucoup plus compliqué, explique Jean-Marie Collombon qui se bat chaque fois comme un beau diable pour parvenir, au raccroc, à monter financièrement chaque forum. Nous ne parvenons pas à intéresser les ministres ni les hauts fonctionnaires. En France, c’est pire encore, le tourisme est perçu comme une machine à sous dont il convient juste de parvenir à la rendre encore plus attractive et rentable ».


Heureusement qu’il reste les participants ! En Tunisie, la qualité des échanges était extraordinaire et a débouché sur 44 « Engagements » de passage à l’action par des acteurs pensant avoir des bribes de solution à apporter à leurs hôtes. Chaque FITS se termine sur ces prémices concrètes de coopération. Qu’au moins, si l’on ne peut compter sur les puissants, l’on parvienne à s’entraider et avancer collectivement, entre soi. Et ça marche !
 

 

Participants FITS
Les participants au 7ème FITS

 


Ainsi Sacha, invité spécial de ce forum tunisien en tant que témoin, avait-il pu, grâce au soutien de ses correspondants français, mettre en place, au fil des années précédentes, un Accueil Paysan comparable à celui qui existe chez nous et qui fédère à présent des milliers d’agriculteurs russes qui accueillent des touristes chez eux.

 

21 lieux d’accueil de petits villages perdus du sud marocain se sont regroupés pour constituer autant d’étapes ouvertes aux nombreuses randonnées organisées dans la région. Idem pour ce projet colossal regroupant près de 1000 petites structures individuelles au Mali, dans le but (aujourd’hui malheureusement mis à mal par Boko Haram) de faire découvrir l’étonnante culture dogon ; mais sans la détruire au passage comme y conduit trop souvent le tourisme de masse.

 

Un modèle d’entrepreneuriat d’office de tourisme autofinancé à 96% est mis à la disposition de tous par le FITS et constitue, en sus du réseau et des nombreuses ressources techniques, un outil précieux pour ceux qui, un peu partout sur la planète, souhaitent prendre leur destin en main.


Aussi, même si l’organisation de chaque forum représente pour la petite équipe qui s’en occupe un challenge presque insurmontable (le forum tunisien a été reporté deux fois et manqué être annulé à la dernière minute), on ne peut que souhaiter longue vie à une initiative aussi rare que porteuse de sens et d’espoir pour beaucoup…


 
Comme le rappelle le joli proverbe bambara qui sert de déclaration d’intention au FITS : « Le voyage permet la rencontre. La rencontre permet le dialogue. Le dialogue permet la connaissance. La connaissance permet la confiance ».

 

 

Proverbe Bambara