Tourisme durable

Développer l'écotourisme sur Ténérife
Un couple de français se lance dans l'aventure

10 Novembre 2016 - Culture / Découverte / Préservation
Le pari était plutôt osé mais ils l’ont fait ! Depuis deux ans, Julie et Antony, un couple de Français résidant à Tenerife, tente de développer l’écotourisme sur un archipel plus connu pour ses plages et ses hôtels-clubs que pour sa production agricole et ses traditions. En 2014, ils ont créé Chuchango qui signifie « escargot » en guanche (langue des premiers habitants de l’île), petite agence qui propose des excursions à la journée où l’on prend son temps, on échange et on partage avec les habitants… à mille lieues de ce qui se fait habituellement sur cette île, où rentabilité et profits maximums sont les maîtres mots des immenses complexes hôteliers qui bordent la côte sud.

 

Symphonie de couleurs sur le Teide, point culminant de Tenerife et son satellite, le Volcan Pico Viejo

 

Tout commence par un voyage en 2011

 
Février 2011, Julie et Antony achètent un vol sec pour l’île de la Gomera qu’ils ont décidé de parcourir à pied et sacs sur le dos. « Avant de partir, nous avions pris contact avec Rosendo, un agriculteur de l’île qui s’est occupé de nous réserver des hébergements » explique Julie. « Pendant ces vacances, nous avons été charmés par l’authenticité de cette île. Nous avons échangé avec de nombreux habitants et avons commencé à tisser des liens avec les locaux. Nous n’avions pas prévu d’aller visiter Tenerife car nous en avions une très mauvaise image. Celle d’un territoire défiguré par le tourisme de masse et les complexes hôteliers. Mais pendant notre trek nous voyions tous les jours l’île voisine et son imposant volcan et ça nous donnait quand même un peu envie…» se souvient Julie. Aimantés par ce fameux Pico del Teide, ils décident de prendre un bateau et de venir passer quelques jours sur l’île.  Après avoir passé une nuit au refuge Altavista  sur les flancs du Teide, ils regardent le lever du soleil à 3718 mètres au-dessus de niveau de la mer. Puis louent une voiture et passent trois jours sur les routes escarpées de Tenerife. « Tous nos clichés sont tombés, en effet la côte sud de l’île a été quelque peu défigurée par les aménagements liés au développement du tourisme de masse mais cela ne représente qu’une zone d’environ 30 kilomètres. Le reste de l’île est absolument superbe et plutôt préservé. »
 
Le coup de cœur est tel qu’un an à peine après ce séjour, le couple décide de tout quitter en France pour venir s’installer avec Éléonore leur fille de 3 ans et demi, à Alcala, petit village du sud de l’île. « Antony et moi avions déjà vécu pendant quatre ans à Barcelone, nous maîtrisions donc l’espagnol et l’envie de repartir vivre à l’étranger nous titillait. En France, nous étions tous les deux agents d’assurance et il n’était pas question de poursuivre dans ce domaine aux Canaries. Tenerife vivant principalement du tourisme, nous avons commencé à rechercher un emploi dans cette branche »
 
 

Teide émerge de la brume

 

De « la cohue infernale » des excursions à la genèse du projet.

 
Très vite, Julie et Antony se retrouvent à accompagner les touristes lors d’excursions programmées par les hôtels. « C’était une cohue infernale» se souvient Julie« Des cars de plus de 50 personnes pour un seul guide, plusieurs langues différentes au sein d’un même groupe. Des visites express à la queue leu leu. Des repas pris dans des restaurants immenses servant une nourriture de mauvaise qualité et puis, bien sûr, l’arrêt obligatoire dans la boutique de souvenirs pour acheter un objet Made in China. Forts de nos propres expériences vécues en tant que touristes aux Canaries, on s’est dit qu’il y avait vraiment autre chose à proposer aux gens. Nous avons décidé de concevoir des excursions mettant en avant le patrimoine local de l’île, le développement durable et aussi et surtout la rencontre avec la population locale. Pendant plus d’un an, on a travaillé sur notre projet, nous avons écumé les petites exploitations agricoles et bodegas familiales afin de trouver des partenaires.  Nous nous sommes heurtés parfois à l’incompréhension de l’administration qui ne comprenait pas ce que nous voulions faire. ». En 2014, Chuchango Tenerife Excursions voit le jour. “Nous sommes intermédiaires de tourisme, c’est-à-dire que nous organisons des visites à la journée . « Nous travaillons avec des guides officiels canariens lors de nos sorties. Actuellement ce sont Dario et Nayra qui font partie de l’équipe chuchango. Ce sont deux guides formidables que l’on a formés au type de visites que nous voulions proposer. »
 
 

Julie et Antony

 

Des débuts difficiles et un coup de pouce du destin

 

« Trouver des partenaires locaux a été facile. Nous avons été très bien accueillis par les habitants, heureux que l’on s’intéresse un peu à leur travail et à leurs traditions. Pedro, notre ami agriculteur à La Gomera, a tout de suite adhéré au projet. Par contre, démarcher les hôtels pour trouver des clients a été beaucoup plus complexe. Nous avions des exigences qui ne collaient pas avec leurs habitudes. Par chance, nous avons été approchés par Yoann alors responsable de l’hôtel-club du groupe Look Voyages sur Tenerife. Il avait constaté que le public français n’était pas pleinement satisfait des excursions habituellement proposées et a décidé de mettre nos sorties au programme de son club. Très vite, les retours ont été positifs et nous avons même reçu il y a deux mois un certificat d’excellence de la part de Trip Advisor. » 
 

La caldeira du Teide, coeur du parc national, au lever du soleil

 

Un groupe d'amis plutôt qu'un groupe de touristes

 

« Beaucoup de gens me disent à la fin d’une journée : ‘Je n’ai pas l’impression d’avoir fait une excursion mais plutôt d’avoir passé un moment avec un groupe d’amis‘ » raconte Julie. « Cela me touche énormément car c’est justement ce que nous essayons de promouvoir: l’échange avec l’autre, le partage, l’authenticité. »

Participer à un atelier de poterie mené par des femmes bénévoles dans le nord de l’île, s’initier à l’œnologie avec la famille de la ferme Reverone qui fabrique du vin biologique à 1400 m d’altitude sur les flancs du Teide, goûter au miel de palme fraîchement récolté dans une petite exploitation de La Gomera ou bien encore pouvoir pénétrer dans l’ancienne école du village d’Aripe parce que l’association de sauvegarde du patrimoine local a spécialement laissé les clefs sous un pot de fleur pour la visite, voici autant d’expériences que les adeptes de la lenteur de Chuchango proposent à leurs clients. 

 

Groupe lors d'une excursion sur Tenerife

 
 
Après deux années d’existence, Chuchango propose entre trois et quatre sorties par semaine sur Tenerife et La Gomera. Constamment à la recherche de nouvelles idées, le couple cherche à présent à promouvoir d’autres territoires canariens. Lorsque nous avons eu Julie au téléphone, elle revenait  justement d’une journée de prospection dans une exploitation d’ananas sur El Hierro dans le but d’y amener de futurs visiteurs. La belle histoire peut continuer même si dans le paysage touristique canarien, la petite agence française fait encore figure de village d’irréductibles Gaulois qui résiste encore et toujours à l’envahisseur. Preuve, s’il en fallait encore une, que l’écotourisme a bien un avenir et des ambassadeurs partout sur la planète.
 
 
Pour les contacter:
CHUCHANGO TENERIFE - Julie & Antony
Tél : (+34) 922 865 016
Mobile : (+34) 639 948 833